|Par Mylene Doublet O’Kane, UTC+1

Envisagé depuis la France et l’analyse restituée par le média institutionnel français, le président Trump aura tantôt été présenté comme un “homme déséquilibré doublé d’un raciste, d’un sexiste, d’un homophobe, d’un xénophobe, d’un ‘islamophobe’, d’un farouche défenseur du suprématisme blanc, du protectionnisme économique, de l’isolationnisme anti-atlantiste et tantôt, comme le Phoenix conjuguant l’ensemble ou partie de ces attributs moins la valeur des sommes inverses. On aura même brossé le portrait du 45e président des États-Unis figurant un “antisémite notoire”. Or, cette première année de présidence largement controversée et la déroute totale de la “Grand Strategy of Balkanisation for a New Middle East” aura permis d’étaler au grand jour l’ampleur d’une alliance peu commentée en France mêlant hégémonisme anglo-saxon non seulement aux sionismes chrétiens et juifs mais  également au monarchisme islamique dans sa volonté d’expansion idéologique sur la “Ummah” utilisant le terrorisme sunnite entraîné, armé et financé pour déstabiliser les diverses régions du monde et plaçant désormais le 45e président des États-Unis, Benjamin Netanyahu et le prince héritier d’Arabie Saoudite, Mohammed Bin Salman (MBS) à la tête d’une “war-machine” au service d’un projet politique dépassant largement le seul cadre moyen-oriental. Par commodité, nous nommerons ce trio “Cerbère” moderne en référence à la mythologie grecque décrivant ce chien à trois têtes gardant la porte du royaume d’Hadès ou porte des Enfers. Or, tandis que le processus au Moyen-Orient  passe d’une stratégie militaire démasquée et ratée à un processus diplomatique où chaque partie devra trouver une voix, qu’il s’agisse du format infructueux de Genève, de celui d’Astana ou de Sotchi auquel le porte-parole de l’opposition syrienne, Yahya al Aridi vient d’annoncer refuser de participer, un autre théâtre d’opérations de guerre hybride dont le plan n’est pas nouveau s’ouvre en Asie centrale (Zbigniew Brzezinski ‘s plan), mais pas seulement, et nous montrerons en quoi la Doctrine Trump semble désormais s’inscrire dans la théorie du chaos.  L’objet de la présente analyse propose donc de sortir de la rhétorique usée récupérant un idéalisme hégélien affirmant que “les peuples marchent, seuls, envers et contre tout vers la liberté”; postulat commode tentant d’objectiver un processus naturel et interne poussant les différentes nations “opprimées” à des “color revolutions” [les printemps], tandis que la réalité appréhendable traduit plutôt et systématiquement un interventionnisme extérieur (IRAN- See P XI) dissimulant les œuvres du cerbère et  un hégémonisme unipolaire américain nettement en recul lancé dans une full-out war (guerre tous azimuts) contre un monde multipolaire en marche.

C’est donc bien plus à l’histoire d’un éternel recommencement et à une lutte entre puissance établie et puissance ascendante [challenging power]  à laquelle nous assistons de nouveau, ou pour reprendre la formule du plus ancien géopolitologue occidental connu :

“Il est de la nature de l’homme d’opprimer ceux qui cèdent et de respecter ceux  qui résistent”- Thucydide, in “Histoire de la guerre du Péloponnèse” (431-404 B.C.E)

 Toutefois, avant d’expliquer les rouages compliqués d’une telle mécanique, une révision des concepts d’antisémitisme et d’antisionisme semble incontournable.

Antisémitisme et antisionisme

Lorsque l’on cherche en France à disséminer la rhétorique d’une assimilation de l’antisémitisme à l’antisionisme, on cherche donc à associer le respect d’une identité confessionnelle [le judaïsme] à un agenda politique [le sionisme]. Pourtant, se pourrait-il que ce qui vaut pour l’un, ne puisse pas valoir pour l’autre ? Se pourrait-il que l’on puisse vouloir affirmer que l’antisémitisme [rejet ou haine de la personne de confession judaïque] et l’antisionisme [rejet d’un projet politique visant la reconstruction de l’État d’Israël à ses frontières bibliques] sont une seule et même chose et que l’on veuille soutenir, par ailleurs, que l’Islam [identité confessionnelle musulmane] n’est pas l’islamisme [projet politique] ? Autrement dit, si l’antisémitisme est indissociable de l’antisionisme, alors de même et par analogie de l’argument logique, l’islamophobie et l’anti-islamisme sont une seule et même chose ou encore, Islam et Islamisme sont indissociables. Or, on saisit bien là où peuvent conduire de telles associations; de surcroît si on les met en rapport d’une part, du projet de rayonnement idéologique sur la Ummah visé par la 3e tête du cerbère et d’autre part, de la composition multiculturelle de la France. Dès lors, il s’agit d’être rationnel. Si Judaïsme et Islam sont des fois compatibles avec l’exercice du régime politique démocratique, il ne peut en être de même pour des projets politiques, fussent-ils sionistes ou Islamistes, conduisant immanquablement à la fracturation de l’universel et à la violence des communautarismes. Par conséquent, l’hypocrisie consistant à accepter l’un, mais à condamner l’autre, n’est donc intellectuellement pas tenable et c’est sans doute, en s’affranchissant définitivement de celle-ci que pourra commencer un débat apaisé sur la laïcité à la française.

Pourtant, parce que la France est de ces vieilles nations dont la grandeur est celle de savoir se hisser à la hauteur des erreurs de son histoire, l’évocation d’un épisode douloureux aura conduit le Président de la République française à consentir à la concession suivante : “l’antisémitisme est indissociablement lié à l’antisionisme, tandis qu’accueillant le Premier Ministre israélien Benjamin Netanyahu dans le cadre des commémorations du Vel d’Hiv. Or, si la marque d’amitié y aura gagné ce que l’honnêteté intellectuelle y aura perdu, pourrait-on penser que l’argument fût finalement retourné contre celui qui s’abaissait de bonne grâce ? Que penser d’un gouvernement sioniste qui, par son plus haut représentant à l’étranger, opposerait la lâcheté à la noblesse des sentiments ? Le 24 décembre dernier, son Excellence l’ambassadrice de l’État d’Israël se scandalisait qu’un magazine destiné à la jeunesse française avait pu considérer l’État d’Israël comme entité non conforme à la définition d’un État,  rappelant assez inélégamment la formule concédée par le Président de la République française et plaçant, de fait, ce dernier dans une situation particulièrement inconfortable ; tant le Judaïsme n’est pas le sionisme et tant l’Islam n’est pas l’Islamisme.

Dès lors, comment comprendre le silence assourdissant de l’Élysée? Certes, l’Art diplomatique consiste souvent à accorder à son hôte le plaisir de la victoire de l’instant. Or, si la France a toujours su recevoir ses hôtes, elle est de ces vieilles nations que l’éphémère n’atteint pas, pour peu qu’elle soit guidée par un homme d’exception. Nous gageons que l’actuel président de la République est de ceux-là, s’il sait habilement naviguer entre les tours et détours de la théorie du chaos lancée par le Cerbère à l’échelle globale. Par ailleurs, que penser de l’usage d’un procédé diplomatique des plus déplorables condamnant l’éditeur en place de grève moderne [Twitter] et poussant ce dernier à renier la seule religion qui l’honore ; celle des faits? Oublierait-on qu’en France, le peuple a fait une révolution pour la liberté, d’abord et fondamentalement d’expression du citoyen et par causalité directe pour celle de la presse ? Ensuite, la France ne serait-elle plus maîtresse en sa demeure et devrait-elle souffrir des leçons d’histoire dispensées par de hauts dignitaires accueillis sur son territoire souverain conjuguant l’indélicatesse à la supercherie ? La France a encore, en effet, cette grandeur de vouloir enseigner à ses enfants qu’un État dont les frontières bafouent la loi internationale par un projet politique d’expansion incluant, par définition, un processus d’annexion dit de “colonisation” n’est pas un État fondé sur un état de droit. Par conséquent, sa démocratie est celle d’une apparence et l’antisionisme n’est en rien un antisémitisme “réinventé”, mais bien une résistance face à une politique du fait accompli.

Or, après la reconnaissance de Jérusalem comme capitale de l’État d’Israel par un président Trump, tout, sauf irresponsable en ce sens qu’il sait très bien ce qu’il fait [et nous viendrons sur ce point très tôt dans notre analyse], c’est bien dans cette dimension qu’il faut envisager les actuels balais diplomatiques américains et israéliens auprès des nations du monde les exhortant à déplacer leurs ambassades respectives à Jérusalem. Si l’analogie des méthodes employées peut faire craindre coercition, chantages et/ou menaces de sanctions à l’image de celles reçues en amont du vote organisé en session extraordinaire de l’Assemblée générale des Nations-Unies, cette politique du fait accompli a désormais franchi un degré supérieur. En effet, le 31 décembre, tandis que chacun s’apprêtait à réveillonner et espérait la paix pour l’année nouvelle, le Parti israélien Likud; au gouvernement avec un parti d’extrême droite, se réunissait au grand complet et votait une résolution de déclaration de souveraineté de l’État d’Israel sur une large partie des territoires occupés. Autrement dit, si cette résolution devait passer en l’état devant la Knesset (Parlement israélien), les Palestiniens [musulmans et chrétiens] seraient placés devant un fait accompli non plus seulement en ce qui concerne Jérusalem, mais également la terre accordée le 29 Nov 1947 par la communauté internationale assemblée à l’ONU et qui est allée en s’amenuisant au cours des sept dernières décennies. En d’autres termes, nous assistons à une véritable déclaration de guerre lancée par les sionismes chrétien américain et israélien aux États du monde au parfait mépris de la Loi internationale, laquelle a précisément fondé la possibilité d’existence de l’État Israélien. Quant au prince héritier d’Arabie Saoudite, Mohamed Bin Salman (MBS), avec lequel les gouvernements américain (via Jared Kushner) et israélien ont récemment publiquement reconnu une proximité et qui se présente comme “un nouveau monarque éclairé appelant à un retour à un Islam modéré“, on presse ce dernier de condamner l’autorité palestinienne à une négociation menée par Washington dont l’image de médiateur impartial dans le règlement du conflit israélo-palestinien est définitivement ternie. Cette déclaration du prince héritier d’Arabie Saoudite pose, à elle seule, tous les termes de l’ambigüité idéologique en révélant jusqu’à la nature des agendas de connivences réunissant ce trio. En effet, que signifie “un retour à l’Islam modéré”? Si l’on admet que l’Islam est une foi pacifique, de même que le sont le Judaïsme, la foi chrétienne etc. , que vaut la nécessité d’un “retour au modéré”? A la place d’Islam, le prince voulait-il parler de l’Islamisme, autrement appelé wahhabisme en Arabie saoudite ou Takfirisme? Dès lors, n’admettait-il pas la diffusion d’un projet politique incluant le terrorisme sunnite comme meilleur vecteur d’expansion ou de réaffirmation de l’influence de son idéologie et notamment, sur le théâtre Moyen-oriental? Cette dernière remarque clôt le chapitre des rappels sur les concepts.

Que l’on veuille entendre bafouer la loi internationale incarnée par l’Organisation onusienne, que l’on veuille tenter de l’intimider par des procédés pour le moins regrettables, que l’on veuille tenter de faire d’une dispute territoriale une dispute religieuse dissimulant un agenda expansionniste et que l’on veuille finalement nier les liens évidents reflétant les effets d’un trio infernal sur les événements récents intervenus en Iran apparaît, à tout le moins, naïf, partisan et en tous les cas, peu rationnel et crédible pour l’ensemble de la communauté humaine ; depuis le journaliste professionnel intègre, en passant par l’expert en géopolitique, l’analyste indépendant, le philosophe ou pour tout homme dont le projet existentiel est de demeurer courageusement authentique.

Pales

La Doctrine Trump dans les différents contextes régionaux

Adossée à une vision manichéenne du monde ou politique du “deux poids deux mesures” [double standard policy], la doctrine Trump cautionne donc, d’une part, une confession religieuse [judaïsme] et un agenda politique d’expansion [sionisme],retient exclusivement l’Islam sunnite et son agenda politique de domination idéologique en dénonçant d’autre part, l’Islam shiite et un agenda entrant dans un “axe du mal”. Ainsi étant posés les termes des alliances, le lecteur est prêt à faire sa grande entrée dans la géopolitique “Made in America“; tant ce schéma est celui des administrations américaines successives depuis les quarante dernières années

Une remarque liminaire : Tous les Juifs Américains ne sont pas sionistes, si le sionisme est un agenda politique d’expansion et non de défense irréductible du droit d’Israël à exister. Tous les Israéliens ne sont pas sionistes. Avec Emmanuel Lévinas, nous rappellerons que le Judaïsme est cet “humanisme existentialiste” combattant la folie des grandes stratégies de domination des Nations du monde. Pourtant, nous sommes conscients des enjeux démographique et géographique plaçant Israel autour de 25 pays arabes et tendant à justifier des agendas de 3 ordres : expansionnisme/ domination militaire sur le Moyen-Orient/ Destruction des États parlementaires régionaux afin d’apparaître “la seule démocratie du Moyen-Orient” [the only democracy in the Middle-East]. Dans ce contexte, si l’Arabie saoudite s’est toujours montrée conciliante, visant exclusivement l’expansion de sa sphère d’influence d’ordre idéologique sur la “Ummah”, largement en raison de sa dépendance face aux États-Unis assurant sa défense militaire et de fait, la pérennisation de son monarchisme islamique, il devient alors évident que l’Iran [shiite] et les États nationalistes parlementaires (Irak, Syrie et y compris, soyons honnêtes, le Liban) deviennent des États entrant dans la catégorie “Axe du Mal”.

“US, GO HOME ” ?…. Not even close !(Dans vos rêves !)

La nouvelle stratégie de sécurité nationale (NSS) parue dans sa version finale le 18 décembre 2017 s’attache à décrire la doctrine Trump en inscrivant ses applications dans les différents contextes des espaces régionaux du monde.

Infowar

La première observation de lecture critique du document pose les termes d’un recours agressif à l’arme que les États-Unis utilisent le mieux depuis 1945; ce redoutable soft power appelé politique de l’infowar ou guerre de l’information [information war]. Dans les pays traditionnellement alliés sommés de se ranger derrière les États-Unis depuis 1945 et dans ceux, conquis par l’OTAN via l’UE depuis la chute de l’Union soviétique, on doit donc s’attendre à une réémergence de rhétoriques et d’information biaisées, toutes deux à la gloire d’un “axe du bien” [Axis of good] contre un “axe du mal” [Axis of Evil]. Si cette rhétorique, reprise par les différents leaders du “monde libre” leur permet de surcroît de s’assurer les moyens de leur ré-élection au motif de lutter contre les “fake news”, l’arme devient redoutable. On savait les administrations américaines successives enfermées dans des récits mythologiques manichéens par nécessité de perpétuer un exceptionnalisme hégémonique sur un monde unipolaire. Aux États-Unis, Trump vient de faire passer une loi abrogeant la neutralité du net [net neutrality] à la stupeur et consternation unanime de la communauté intellectuelle. Or, à l’aube de cette nouvelle ère Made in Trump, les plus jeunes des Européens connaîtront ce que leurs parents et grands-parents ont connu – à l’exception du faste des “Trente glorieuses”– et il est à gager que l’ensemble des relais de diffusion dits ONG [think tanks, institutions, fondations, organisations médiatiques…] à travers le monde sont appelés à une contribution massive, tandis que la liberté d’expression et non pas, celle d’un corporatisme médiatique muselé du reste par le cantonnement à la reformulation pédagogique de la parole gouvernementale enfermant le citoyen dans plus d’obscurantisme quasi religieux, sera censurée. Ainsi en France, et notamment “en période d’élections” selon les mots de son Président adressés lors de ses vœux à la presse le 3 janvier 2018, l’accès à l’ensemble de l’information laissant au citoyen le droit fondamental d’exercer son esprit critique, de choisir en conscience et d’exercer sa liberté d’expression en dehors d’un propos raciste ou portant atteinte à la dignité de la personne, sera rendu impossible ; annonce en radicale contradiction avec la déclaration des droits de l’homme et du citoyen-1789. [DDHC]. “La liberté de la presse n’est pas la plus haute expression de la liberté”. La plus haute manifestation de la liberté est liberté d’expression. Cette pirouette sophistique honore peu celui qui s’aventure à la prononcer. Toutefois, nous ne saurions questionner l’intégrité morale et intellectuelle des hommes qui sauront demeurer authentiques.

Réalisme préféré à l’idéologie ?

La seconde remarque à propos du document de nouvelle stratégie de sécurité nationale, telle qu’envisagée par Washington, lie directement le slogan iconique “Make America great again” à un “principe de réalisme” [principled realism] exposant la vision d’un monde en état de constante compétition (P 2) oscillant perpétuellement entre guerre et paix (P28), marqué par le retour des grandes rivalités de pouvoir (P27) et dans lequel la conduite des États-Unis sera guidée par les résultats, à la place de l’idéologie (2). Par conséquencialisme, les objectifs de guerre contre un monde multipolaire en marche seront ultra-dépendants d’une combinaison de facteurs militaires, économiques, diplomatiques et dits d’infowar ; l’indépassable avantage de l’infowar sur l’idéologie étant sa capacité de pouvoir faire varier et adapter ses rhétoriques au gré des stratégies de pièges tendus en fonction de l’évolution des résultats.

Le concept de guerre hybride (Hybrid war)

Un cycle perpétuel d’environnement asymétrique et de conflits non-conventionnels (sans mandats onusiens) déclenchés à l’échelle du globe par la mobilisation de différents moyens humains et technologiques [politique de regime change” articulée par le recours à la CIA, aux psyops, à des commandos de forces spéciales, à des armées privées de mercenaires (MPA), à l’infiltration de groupuscules sunnites terroristes entraînés dans les camps CIA disséminés au sein de NATO, en Afrique, dans les monarchies du Golfe, au Moyen-Orient, à l’activation de cellules terroristes sunnites dites dormantes, à l’orchestration-coordination-financement de color revolutions dites “printemps”, à l’escalade de tensions entre groupes ethniques ou religieux le long des bloody borders, aux sabotages d’infrastructures, au recours aux nouvelles technologies quantiques satellitaires et missiles hypersoniques …] définit le périmètre non exhaustif de ce que l’on désigne sous la terminologie de guerre hybride [Hybrid War]. Décrite par ses pratiques dans l’intégralité du document, le terme consacré n’est toutefois pas employé par les auteurs afin de pouvoir conserver l’opportunité d’en attribuer les méthodes à la Chine, à la Russie et à leurs alliés, circonscrivant ainsi, la rhétorique et le périmètre évolutif de “l’axe du mal”.

Les paradigmes géopolitiques opposant une multipolarité émergée et conquérante à une unipolarité cherchant désespérément les moyens de maintenir une puissance d’influence en déclin sont désormais non plus seulement palpables, mais directement observables. A lui seul, le vote solidaire et défiant de 128 nations + 35 abstentions en défaveur de la reconnaissance de Jérusalem exigée par les États-Unis est, non pas le symptôme, mais le point sans doute le plus symbolique du phénomène.

Cerbère; LA RÉSISTANCE  : La théorie du Chaos

Quelle se soit affichée par des initiatives unilatérales ou de manière dissimulée par le biais de partenaires régionaux ou institutionnels décrivant la politique du “lead from behind”, la domination unipolaire américaine est désormais confrontée à un portefeuille d’entités d’horizons et de sphères différentes décidées à rééquilibrer les affaires internationales du monde en œuvrant à des réformes au sein d’organisations internationales (Nations Unies, Fond monétaire international, Banque mondiale…), mais également en créant des entités correspondantes parallèles [Banque de développement des BRICS ou AIIB…] ou par regroupement au sein de nouvelles organisations de coopération économiques. Dans ce cadre, le monde multipolaire fonde un projet d’entraide entre les nations à l’échelle planétaire. Pour citer quelques exemples, une stratégie [BRICS-+] encourage la coopération multilatérale entre les organisations d’intégration régionale telles que le MERCOSUR (Argentine, Brésil, Paraguay, Uruguay, Venezuela- en suspens et actuellement aidé par une aide économique de 3 milliards accordés par la Russie pour lutter contre le coup de force de soumission tenté par les États-Unis- pays associés [Bolivie, Chili, Pérou, Colombie, Équateur et Surinam] et pays observateurs [ Nouvelle Zélande et Mexique]. Nous pourrons également citer l’entraide organisée dans d’autres ensembles régionaux :

  • le SADC (South African development community) rassemblant 16 pays du sud de l’Afrique;
  • l’UEE –(Union économique eurasienne) regroupant la Russie, l’ Arménie, la Belarus, le Kazakhstan, l’Ouzbékistan, et le Kyrgyzstan:
  • la SCO (Shanghai Cooperation organisation) composée de la Chine, Russie, Mongolie, Kazakhstan, Tajikistan, Ouzbekistan, de l’Inde et du Pakistan tous deux entrés le 9 Juin 2017. Or, il est tout à fait essentiel d’indiquer que cet espace regroupe près de 50% de la population mondiale avec les prévisions démographiques que l’on connaît, notamment pour l’Inde, et qu’il correspond déjà à un quart du PIB mondial et à 80% des terres émergées eurasiennes.
  • SCO
  • On comprendra, dès lors, l’intérêt crucial pour les États-Unis de ranger l’Inde de son côté en hystérisant les tensions politiques et les divisions ethniques avec le Pakistan. En outre, la Turquie, membre de l’OTAN, examine sérieusement la possibilité d’abandonner sa demande d’intégration à l’UE en échange de son intégration à la SCO. Depuis 2016, celle-ci en préside d’ailleurs le club ou “pôle Énergie”. Son entrée en qualité de membre à part entière lui donnerait une position de pivot  particulièrement stratégique au regard de l’approvisionnement de l’Europe en hydrocarbures en provenance du Moyen-Orient [au-delà de la maîtrise des migrations humaines à l’entrée de l’UE] et à fortiori, si l’on considère le récent accord passé avec le Président soudanais, Omar-al-Bashir, permettant désormais à Recep Tayyip Erdogan d’installer une base turque donnant directement accès sur le canal maritime le plus emprunté du monde pour l’acheminement en hydrocarbures et en marchandises notamment vers l’Europe, dans un espace géographique joignant le détroit de Bab-el-Mandeb au Canal de Suez.
  • detroit_de_bab_el-mandeb_afp
  • Dans ce contexte et quoi que membre de l’OTAN, l’entrée de la Turquie  sur ce théâtre stratégique où France, États-Unis, Royaume-Uni, Japon, mais également la Chine depuis le 1er Août 2017, possèdent des bases militaires est indissociable du rapprochement d’Ankara avec Téhéran, notamment eu égard à l’opposition des deux capitales à la création d’un Kurdistan indépendant dont les frontières historiques s’étendent de l’Anatolie orientale (turque) aux provinces nord syrienne et irakienne. A sa frontière nord Ouest avec la province de Kirkurk (Irak), l’Iran est le foyer d’une population kurde de 2 millions d’habitants. Par ailleurs, dans le cadre de la “guerre “stupide” menée Yémen, comme la qualifiait récemment le Secrétaire Général des Nations-Unis condamnant une proxy war entre Arabie Saoudite et Iran volontairement déclenchée par le futur monarque “éclairé” Mohammed Bin Salman dès sa nomination à la tête de la sécurité du royaume, en mars 2015, espérant ainsi diviser les forces iraniennes entre théâtres Moyen-Oriental et du Golfe,  quelle sera la nouvelle position de la Turquie ; tant il semble désormais évident que Soudan et Turquie se désolidarisent d’un conflit aboutissant, à ce jour, à plus de 10.000 morts et près de 10 millions de personnes désormais en état de famine et/ou rongées par le choléra sans possibilité de recevoir nourriture ou médicaments?
  • Yemen
  • Enfin, de rapports particulièrement tendus avec Donald Trump, la décision de ce dernier concernant Jérusalem a encore davantage dégradé les relations entre Ankara et Washington, enflammant par ailleurs la “Ummah” jusqu’à la Malaisie en passant par le Bangladesh et le Myanmar où  des tensions autour de lignes ethniques sont apparues ces mois derniers en surprenante concomitance d’un projet régional ferroviaire et maritime lancé par la Chine permettant de relier ces régions à l’Inde puis au terminal portuaire pakistanais de Gwadar, situé dans sa province du Baloutchistan, dans le cadre du CPEC (China Pakistan economic corridor) avec des effets économiques positifs sur l’Iran et l’Afghanistan. En outre, La Chine, de plus en plus intégrée et active sur le continent africain par le biais de partenariats économiques signés avec pas moins de près d’une trentaine d’Etats africains a déjà formidablement dynamisé les économies de l’Éthiopie et du Kenya, pour ne citer que deux états sur la façade océan Indien. Or, une liaison maritime entre Gwadar et le continent africain permettrait de désenclaver et le développement économique des régions d’Asie centrale ne disposant guère d’accès portuaires ouvert sur une façade océanique.

Central asia

CPEC2

Théorie du Chaos

  • Dès lors, que cherchent Trump et Netanyahu? L’hypothèse de la théorie du chaos permettant opportunément de lancer toute la capacité de puissance des Hybrid et info wars combinées déstabilisant l’ensemble du Moyen-Orient, de l’Asie centrale jusqu’au pacifique où l’hystérisation du danger Nord Coréen est largement alimenté par des tweets provocateurs particulièrement navrants, paraît éminemment crédible. Si le danger Nord-Coréen était réel et son leader, Kim Jong Un, une véritable ‘deranged person’, Trump ne s’amuserait certainement pas à le provoquer par des tweets  dignes de la querelle de cour d’école maternelle. Ou alors, Netanyahu et le Prince héritier d’Arabie Saoudite sont associés à un “dingue”. Que penser, dans ce cas, de leurs personnes respectives et de ce choix d’alliance? Par conséquent, Trump saisit-il à quel point par cette frénésie de messages humiliants, il admet que le péril Nord Coréen n’est qu’un leurre lui ayant permis d’installer un système de défense anti-missile [THAAD] dont l’avantage “accessoire” permet d’interférer dans les systèmes respectifs comparables de ses homologues chinois et russes ?

  • Si la position de plus en plus considérable du président Erdogan justifie sa rencontre le 5 janvier prochain avec un Président Macron cherchant à lire dans le mare de café du dernier représentant de l’empire Ottoman, nous soulignerons par ailleurs que la position du gouvernement sioniste israélien en faveur d’un Kurdistan indépendant est peu corrélée à une ambition humaniste de permettre au peuple Kurde une accession à “la liberté”, mais entre bien plus dans le cadre d’une stratégie ratée de balkanisation du Moyen-Orient sur des lignes ethniques, affaiblissant d’autant les États nationalistes irakien, syrien et par extension le Parti Hezbollah libanais dont la frange armée est déterminée à défendre la souveraineté du Liban contre le projet d’expansion sioniste. Par conséquencialisme direct, ces Etats ou entités de défense entrent dans le cercle de “l’Axe du Mal” dont l’Iran est la figure d’incarnation régionale et la Chine, la figure tutélaire.
  • Enfin, plusieurs nations  (Arménie, Azerbaïdjan, Bangladesh, Népal et Syrie) ont formulé une demande d’adhésion à la SCO (Shanghai Cooperation organization) sous le statut de membres observateurs tandis que l’Ukraine, l’Égypte, l’Irak,  le Vietnam, les Maldives et même Israel ont demandé un status de partenaires de dialogue. Quant au Qatar et au Bahreïn, ceux-ci ont exprimé un intérêt appuyé de rejoindre l’organisation. Or, il est important de noter que ces deux derniers pays entretiennent des liens économiques avec l’Iran et que le Vietnam fait partie de la stratégie américaine de “containment” ou encerclement militaire de la Chine sur toute sa façade maritime pacifique. Ainsi comprend-on mieux les sanctions économiques décidées depuis le 5 Juin 2017 contre le Qatar; tentative instillée par les Etats-Unis et Israel par l’intermédiaire de l’Arabie saoudite. En échange d’un retour à une normalisation des relations entre le GCC (Conseil des monarchies du Golfe) et le Qatar, on peut notamment s’étonner d’une clause exigeant de ce dernier la fermeture de sa chaîne d’informations en continu.

A ce propos, nous voudrions insister ici sur la qualité redoutable de la chaîne d’informations qatari AlJazeera dont on peut s’étonner qu’elle ne soit pas diffusée en Français, tandis que détenant des bureaux à Paris et que ses antennes à Londres et à Washington D.C. objectivent une réputation internationale employant des journalistes [dont certains sont issus de la BBC], tous intègres et qualifiés; si l’on se réfère à un argument d’autorité avancé par le Président Macron lors de ses vœux à la presse.

La France se grandirait à éviter l’enfermement idéologique de ses concitoyens les condamnant à une censure préoccupante, au fallacieux motif de quelque connivence fantasmée de la chaine avec des milieux islamistes, lesquels sont largement financés, armés et parfois soutenus dans le cadre des projets du cerbère. Si l’influence de ce dernier est à ce point puissante qu’elle impose à Descartes, à Voltaire et à Beuve-Méry la pauvreté du discours homogène du paysage audiovisuel français actuel dans le domaine de l’information, les Français ne sont-ils pas fondés d’en nourrir en retour, toutes les suspicions? Autrement dit, si l’infowar américaine doit se diffuser malgré tout, alors le corps indivisible de la nation doit pouvoir, par mouvement inverse, revendiquer une part irréfragable de sa souveraineté; la liberté d’expression en dehors des atteintes racistes et contre la dignité des personnes. Si les politiciens ont le privilège de se diffamer entre eux, si la télévision impose cette thématique plutôt que les enjeux fondamentaux pour l’avenir du pays pendant presque toute la durée d’une campagne présidentielle, indépendamment de l’envie des Français de gloser plus sur la question, alors le peuple réclame la liberté insufflée par le mot de Talleyrand adressé lors de son discours à la presse,  le 24 juillet 1821: Il y a quelqu’un qui a plus d’esprit que Voltaire, c’est tout le monde !”.
Gageons qu’Emmanuel Macron s’engagera à faire vivre pleinement la liberté d’expression plutôt que la liberté d’un corporatisme fondé sur un argument d’autorité fracturant l’universel ou alors, faudra-t-il que celui-ci évite comme la peste le champion des “Fake news” symbolisé dans le corps particulier de son homologue américain? Partout où la France s’exprime, s’exprime la lumière. Le peuple ne suit pas la lumière vers la liberté; il est la lumière indissociable de la liberté.

Cette parenthèse refermée, l’espace géopolitique du Pacifique  met en exergue les tentatives d’escalade de tensions entre le Vietnam [entre autres] et la Chine en tissant une  rhétorique dénonçant le danger “hégémonique” d’un empire du Milieu construisant des îles artificielles militarisées en mer de Chine orientale.  Or, et par raisonnement inverse, l’argument objective, sans convaincre, la présence américaine illégale et illimitée dans la région au motif “d’assurer la bonne circulation marchande maritime internationale et la sécurité de pays alliés”. Au-delà des dépôts de pétrole convoités localisés en mer de Chine orientale, les faits sont implacables. Les États-Unis ont une présence ininterrompue depuis 1945 au Japon. Le nombre de bases américaines dans le Pacifique est ébouriffant. On estime à 150.000, le nombre de militaires postés au Japon, à 250.000 en Corée du Sud et les Américains ont réinstallé 2 bases aux Philippines, entre autres. L’armistice entre la Corée du nord et la Corée du Sud n’a pas été signé en 1953, permettant opportunément aux Etats-Unis de légitimer leur présence en Corée du Sud dans le cadre d’une politique d’encerclement de la Chine et de la Russie à l’Ouest (OTAN), comme à l’Est (Pacifique).  A l’observation de la sur-présence militaire américaine dans le Pacifique, la vanité de l’argument d’assurer la paix  est peu crédible

  • US Military containmement China

Premier importateur de pétrole, la Chine demeurait jusqu’à peu, largement dépendante pour ses importations hydrocarbures du passage par le détroit de Malacca. Par ailleurs, à l’exportation, ses marchandises empruntaient presque exclusivement cette route. Devenue le pourvoyeur incontesté du monde en matières premières et en biens manufacturés abordables, cette dépendance l’a évidemment conduite à lancer le projet OBOR [New silk road] au grand dam des États-Unis. Étant donné ce contexte, une récupération de l’Inde par les Etats-Unis dans une reconfiguration géostratégique triangulaire enfermant la Chine entre Inde/Japon/Australie serait idéale vue de Washington. C’est la raison de la réception en grande pompe du leader Indien Modi à la Maison Blanche, dès juin 2017. Or, c’est occulter d’abord, que l’Inde a développé une industrie militaire remarquable grâce à l’aide russe: nation avec laquelle elle entretient des liens d’amitié et de partenariats depuis plus de vingt ans dans le domaine, comme dans celui lui permettant de passer d’une technologie industrielle IT à celle nécessitant désormais d’entrer dans l’ère de l’intelligence artificielle (IA), indépendamment des accords économiques régionaux passés avec la Chine, dans le cadre du dispositif OBOR.

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  • Nous pourrons encore mentionner la SAARC (South Asian Association for Regional Cooperation), comme tentative économique du monde multipolaire de faire cesser les hypocrisies d’un impérialisme anglo-saxon bafouant la loi internationale.
  • L’ASEAN (lien diplomatie-France recommandé) tissant les échanges économiques entre le Cambodge, l’Indonésie, le Brunei Darusalam, le Laos, la Malaysie, le Myanmar, les Philippines, Singapour, la Thaïlande et le Vietnam avec l’Australie, le Canada, la Chine, l’Union Européenne, l’Inde, le Japon, la Nouvelle-Zélande, la Norvège, le Pakistan, la Russie, la Corée du Sud, la Suisse… et les États-Unis.
  • Le TPP; un traité multilatéral de libre-échange reprenant plusieurs acteurs de l’ASEAN auxquels se greffent des pays du continent américain (Chili, Pérou, Mexique). Si l’objectif de Barack Obama incluait une tentative de rééquilibrage des sphères d’influences tentant de replacer quelques états de l’ASEAN dans le giron américain, la croyance irrationnelle de Donald Trump dans des partenariats  bi-latéraux l’aura conduit à retirer les États-Unis du Traité ; isolant d’autant la nation d’un monde dont les centres économiques et financiers ont basculé en Asie. Son Grand Asian Tour en Novembre dernier aura reçu les hommages que l’on rend à un Caesar crépusculaire ou à un Néron capable de lancer 59 missiles sur 2 hangars déserts en Syrie, tandis que recevant son homologue Chinois à la Maison Blanche. Le monde a pris acte d’une révolution multipolaire résolument en marche. Le leader américain actuel porte un coup fatal à l’Empire. Il ne s’agit guère d’être avec ou contre le cerbère moderne. Il s’agit de ne pas laisser un Empire qui se croyait “too big to fall, too big to be fact-checked and too big to be prosecuted” d’aller jusqu’à la destruction du monde pour continuer de régner en maître unique.

Contre la théorie du chaos exprimant le désespoir d’un impérialisme unipolaire n’ayant plus que la guerre à offrir en partage comme horizon commun, tous ces formats de coopérations emmenés par la Chine aux plans économique, social, scientifique et culturel entre les nations du monde fondé sur le principe du “win-win” œuvrent à inscrire la société des hommes dans un siècle résolument dédié à l’humanisme; tel que  rappelé et réinventé  par le Président chinois Xi Jinping lors du forum de Davos 2017 réunissant chaque année les plus grands industriels de la planète et sans doute exprimé, non pas en termes d’opposition ou de “clashes entre civilisations”, mais comme volonté d’échanges et d’enrichissements mutuels visant à retrouver l’harmonie originelle de l’univers. À cet égard et avec Emmanuel Levinas, nous rappellerons ici toute la valeur accordée à l’Altérité par, non pas le sionisme, mais bien le Judaïsme ; à cet autre qui n’est pas moi mais qui me fonde dans mon humanité. Tandis que le parlement israélien vote actuellement une loi autorisant la peine de mort pour tout individu qualifié de “terroriste”,  cette dimension accordant à “cet autre moi” toute la valeur de l’universel offre un formidable miroir dans lequel se rejoignent, se confondent et se renvoient, les unes aux autres, sociétés abrahamiques, sociétés inspirées par les philosophies indiennes et chinoises. Si dresser une partition arbitraire du monde opposant les hommes les uns aux autres a permis aux États-Unis d’asseoir leur hégémonisme et selon le mot de La Boétie, les modalités de “la servitude volontaire” d’une classe d’élites dirigeantes à l’échelle d’un monde fantasmé dit “libre”, Emmanuel Macron a assez astucieusement rappelé que “c’est la beauté qui sauvera le monde”, tandis qu’inaugurant le Louvre de Doha au Qatar. Or, le choix de l’emprunt de la formule à l’immense génie littéraire russe, Fédor Mikhaïlovitch Dostoïesky in “l’idiot”, plutôt qu’à son équivalent stendhalien français “la beauté, c’est la promesse du bonheur”, jetait ainsi les ponts entre les hommes d’un siècle qui s’ouvre.

Le bras de l’Humanisme 2.0: OBOR (One Belt, One Road) ou BRI (Belt and Road initiative)

L’initiative du projet destiné à “réparer le monde” en visant l’unité originelle revient résolument à la Chine, laquelle par les siècles passés, avant que les anciens empires coloniaux occidentaux n’en obscurcissent la portée unificatrice au XIXe siècle en infiltrant l’opium en territoire chinois notamment produit en Afghanistan, avait tissé les réseaux de communication et d’échanges inter-civilisationnels pacifiques incarnés par la route de la soie [the Silk road] dont les récits de Marco Polo concentrant vingt-quatre années d’exploration de l’Orient entre les XIIIe et XIVe siècles, ont enrichi la littérature occidentale d’un témoignage universel peu égalé.

L’équivalent contemporain proposé, à nouveau, par la vieille civilisation chinoise et tour à tour dénommé OBOR [One belt, one Road] ou [BRI – Belt and Road Initiative] a été pour la première fois révélé en 2013, officiellement lancé en 2015 à Astana (Kazakhstan) et dont les objectifs de paix, de respect de l’environnement, d’union dans la lutte contre les défis globaux (ie réchauffement climatique, famine, extrême pauvreté…) et d’inter-échanges entre les peuples en favorisant leurs économies respectives, se sont puissamment réaffirmés lors de la déclaration des BRICS réunis en septembre 2017 à Xiamen.

Yuan-oil contre pétrodollar

Or, face au formidable attrait que représente la BRI pour les économies nationales, face à la formidable dette américaine que la Chine détient et qu’il pourrait bien lui convenir de se mettre à vendre massivement en écroulant, de fait, la valeur du dollar et face aux outils financiers dont la Chine s’est dotée en créant avec ses partenaires une devise concurrente [Yuan-oil], laquelle présentera bientôt l’incomparable avantage d’être convertible en or dans le contexte d’un US dollar déjà en chute libre, quasi exclusivement supporté par le complexe industriel militaire ou “War machine” fabriquant et forçant au réarmement ou plutôt au surarmement les 27 “alliés” au sein de NATO, les États-Unis engagent le monde dans une stratégie d’offensives à tous plans; d’où la théorie du Chaos en espérant récupérer les fruits d’un fiasco de la Belt and Road Initiative (BRI) par conjugaison des Hybrid et info wars.

Nous l’avons signalé ; la Chine est la 1e nation mondiale importatrice de pétrole. Depuis quelques temps, l’Arabie Saoudite ; monarchie centrale au cœur de la puissance du pétrodollar a multiplié les contrats avec cette dernière. Or, la crainte qu’ARAMCO [société des pétroles saoudiens et accessoirement société la plus riche de la planète] ne puisse systématiser des transactions en Yuan-Oil signifie deux choses au plan géopolitique. Premièrement, l’Arabie Saoudite pourrait constituer un stock d’or la rendant bien moins dépendante des convoitises des grandes firmes occidentales l’exhortant à privatiser des pans entiers de son économie afin de pouvoir s’emparer des marchés. Le danger de la voir abandonner le cerbère et rejoindre le supposé “l’axe du mal” est maximal. En novembre dernier, le tweet de Donald J. Trump, tandis que celui-ci était en route pour son grand tour en Asie, invitant l’Arabie Saoudite à réaliser un IPO d’ARAMCO à la bourse du NYSE (New-York Stock Exchange) était à envisager dans ce contexte, d’autant qu’au début du mois précédent, la visite officielle du Roi d’Arabie Saoudite à Moscou avait toutes les raisons d’inquiéter Washington et Tel-Aviv. Or, si les États-Unis parvenaient à coter une partie d’ARAMCO à Wall Street, les seuls instruments légaux américains permettraient aux États-Unis d’en devenir propriétaires sur leur sol. Deuxièmement et par lien causal assez implacable, le pétrodollar s’effondrant entraînerait la fin de l’hégémonisme unipolaire américain, dans un contexte où le ménage moyen d’outre-Atlantique, mais également les grandes firmes américaines installées en Chine, les besoins  en matières premières et en semi-conducteurs  et les small businesses américains se fournissant en gros sur les plateformes chinoises Alibaba ou JD.com, par exemple, sont un ensemble d’éléments rendant l’option d’attaques directes contre l’Empire du Milieu peu avisée. Par ailleurs, avec un marché de consommation domestique d’1,3 milliards d’habitants, une politique de désenclavement de ses provinces intérieurs et occidentales et le marché extra-américain (US= 320 millions de consommateurs), ce qui est peu, à l’échelle globale dans le contexte d’un continent africain en plein développement, la Chine a sans doute déjà remporté la guerre économique face à l’Empire en déclin.  Au-delà du slogan de campagne présidentiel “China, currency manipulator !“[ l’hôpital se fichant assez communément de la charité, selon l’adage consacré] et tandis que Donald Trump fait pression sur l’UE pour refuser d’une part, à la Chine le statut d’économie de marché et d’autre part, à l’UE d’accepter de nouveaux IDE (Investissements Directs) chinois à tout le moins, au sein de la zone euro, Donald Trump a chargé tout un bureau de recherche de failles légales objectivant des “vols” imposés de propriété intellectuelle auxquels seraient condamnées les entreprises étrangères désireuses de se lancer à la conquête du marché chinois ou tout autre argument destiné à entériner des pratiques commerciales déloyales. A ce stade, la Chine dément toute pratique de cette nature et c’est dans ce contexte que le Président Macron rencontrera prochainement son homologue Chinois.

Emportés par une dynamique soufflant vers l’Est du globe, les pôles des marchés économiques et financiers ont définitivement quitté l’Amérique. Les investisseurs se sont repliés sur des valeurs sûres telle que l’or, le sterling ou l’Euro. La profitabilité des QE arrive en bout de course et les profits sont désormais à espérer du côté du marché de l’énergie. Dans ce contexte, l’espoir d’enflammer une ceinture de feu par les techniques combinées de l’Hybrid et de l’info wars allant de l’Afrique, au Moyen-Orient et désormais  à l’Asie centrale (de l’Iran au Xinjiang) et jusqu’au Pacifique -Sud révèle, au delà d’une détresse, les stigmates communs au prélude de l’effondrement de tous les empires . En ce début d’année 2018,  le monde assiste à l’aube de  la théorie du chaos. Or, la résistance n’est pas un droit. A ce stade, elle devient un devoir.

©Mylene Doublet O’Kane, Jan 4 2018.

MD O’Kane is an Israeli French teacher, a postgraduate in Philosophy, in History of ideas and an independent analyst in geopolitics.

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