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When a 'Post-truth' era is only but a failed myth

Geopolitics

Discussion autour des fondements d’un monde unipolaire, vision multipolaire ; De Mackinder à NEOM


Les théories géopolitiques de Mackinder et de Zbigniew Brzezinski

Pendant la période couvrant  les seize dernières années, une “Grande Stratégie” de déstabilisation et de chaos illimité en Asie centrale et au Moyen-Orient a été orchestrée par l’agrégation des moyens américains et de l’Arabie Saoudite visant à la fois une balkanisation de cet orient proche et une isolation de l’Iran. Toutefois, l’entrée militaire fulgurante de la Russie dans la lutte contre l’État Islamique (IS/ISIS/ISIL) avec la conjugaison de moyens aériens (Sukhoï) et de forces au sol nettoyant zone après zone dès septembre 2015 a permis de démasquer de manière ébouriffante et tangible l’hypocrisie d’un immobilisme occidental et d’en saisir finalement son sens, au-delà de la dissémination d’une rhétorique de “lutte globale contre le terrorisme”. (Global War on Terrorism-GWOT). Pourquoi un tel échec ? Comment décemment concevoir que les forces coalisées de 28 États intégrés au commandement armé de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN) ne fussent pas venues à bout d’une ridicule armée clouée au sol composée de pick-up Toyota franchissant frontières irako-syrienne, turquo-syrienne et corridors désertiques en quasi impunité pendant les 4 années précédentes, tandis qu’il eût été plus qu’aisé d’organiser ce que les militaires nomment des “clean carpet bombings” (pilonnages aériens intensifs) lors de ses déploiements spectaculaires, par exemple? De même, comment comprendre le ménagement de corridors d’évacuation organisés par les États-Unis pour les forces d’IS ou leurs ravitaillements répétés en pièces d’artillerie (en provenance notamment des dépôts sis en Ukraine, en munitions et armes bactériologiques ; éléments  que font désormais apparaître les enquêtes et témoignages de journalistes, de chercheurs et d’académiques indépendants ; c’est à dire d’entités non soumises aux réseaux d’organisations non gouvernementales financés par les États-Unis à travers le monde et y compris jusqu’au témoignage de l’ancien ambassadeur britannique en Syrie, Sir Peter Ford. Si la réponse peut faire froid dans le dos, compte-tenu des catastrophes humanitaires et migratoires provoquées, celle-ci n’en n’admet pas moins que l’objectif principal n’a jamais visé la guerre contre l’État Islamique.

ISIL-invasion-

Des rapports scientifiques particulièrement documentés dont celui du très sérieux Massachussets Institute of Technology  MIT report suggèrent que ce sont vers les rebels modérés [agglomérat de groupes terroristes sunnites dont ISIS ; autrement dénommés SDA – Syrian Democratic Army) supportés par les États-Unis et non, vers l’Armée Syrienne régulière (SAA) que pointent les responsabilités d’utilisation de gaz sarin et de substances chimiques comparables sur les populations civiles lors des attaques de Ghouta (2013) et plus récemment à Khan Sheykhoun, en Avril 2017. A l’époque, et quoi que veuillent à présent en tenter de nier la présentation d’un rapport “international” objectivant des preuves fabriquées, la nomination et l’accès immédiat du site à une équipe d’experts internationaux diligentés par  l’ONU  (An international team of experts ) avaient été refusés sans justification autre que l’assénement d’une vérité péremptoire américaine dénonçant la responsabilité du dirigeant de la Syrie Bashar Al-Assad.; accusation commode servant à la fois de caution morale et de fondement légal ayant laissé le président américain Donald J. Trump  lancer 59 missiles Tomahawks sur deux hangars de l’aviation syrienne à moitié déserts, sans délivrance préalable de mandat onusien. Nul doute que les actionnaires du complexe militaro-industriel américain et particulièrement ceux de Raytheon industries ont  dû apprécier le profit d’un tel excès de zèle violant toutes les conventions du droit international. L’enjeu n’a jamais été celui “d’amener la démocratie”- Bring democracy à la Syrie ni nulle part ailleurs, d’ailleurs. La réalité est toute autre et n’a cessé de suivre les recommandations du stratège géopolitique britannique Sir  Halford Mackinder développées il y a une centaine d’années  à travers “Le pivot géopolitique de l’histoire” et dans lequel son impératif catégorique ou syllogisme théorique de référence est énoncé ainsi:

“Celui qui contrôle le “Heartland”, contrôle le cœur névralgique ou pivot du monde physique.

Celui qui contrôle le cœur du monde physique est le maître du monde.

[Par conséquent], Celui qui contrôle le ‘Heartland’ est le maître du monde.”

MAC

Entre 1904 et 1919, Mackinder fait évoluer ce “Heartland” (voir carte) dans un effort de s’adapter aux nouvelles réalités géopolitiques, incluant finalement les mers Noire et Baltique dans un large ensemble d’unité structurelle correspondant au cœur ou pivot entre l’Ouest et l’Est du monde; zone que l’on peut largement assimiler dans une approche plus contemporaine à l’Asie centrale comme axe de pivot et région de contrôle stratégique par sa capacité fondamentale d’influence sur l’ensemble du continent Eurasien.

Dès lors, dans sa volonté de régner sur un monde unipolaire organisé autour de sa seule hégémonie, on comprend mieux la persévérante détermination américaine particulièrement attachée d’abord, à démanteler puis à alimenter la déstabilisation permanente de cet espace de puissance structurelle originale. L’orchestration de la chute de l’Union soviétique et la fragmentation des républiques musulmanes sunnites du sud en états indépendants ont par ailleurs favorisé des  irrigations démographiques vers le Moyen-Orient. Aussi, est-il juste d’affirmer que ce dernier peut également jouer une fonction de plateau d’équilibre, c’est à dire une zone de stabilisation ou de déstabilisation volontaire de l’ensemble du  continent eurasien.

Autrement dit, en organisant une déstabilisation intentionnelle du Moyen-Orient, une réaction en chaîne provoque assez inévitablement des conséquences disruptives en Asie centrale puis sur l’ensemble de l’espace eurasien. Par déduction logique, l’apport théorique apporté dans les années 1990 à la réflexion de Mackinder par Zbigniew Brzezinsky, ancien Conseiller à la sécurité nationale du Président Jimmy Carter, montre en quoi la capacité interne du centre à influencer la périphérie ne nécessite donc pas la présence physique constante des troupes américaines au Moyen-Orient. De fait, des opérations massives de déstabilisation “à distance et réalisées par des acteurs secondaires” [d’où l’expression “lead from behind”] dans plusieurs endroits du Heartland et/ou de sa périphérie proche orientale sont menées depuis des décennies. Les plus récentes incluent l’infiltration guidée de terroristes islamistes sunnites en vue d’organiser des insurrections de minorités religieuses, l’exacerbation des divisions communautaires , des épurations ethniques provoquées à dessein “ethnic cleansing” [actuellement le cas entre le Bangladesh et Myanmar provoquant opportunément des massacres et la crise humanitaire des Rohingyas], l’infiltration d’agents de la CIA, d’unités de commandos spéciaux comme les snipers américains postés sur les toits de Daraa, d’Alep et de Damas ayant tiré sur la foule pour aiguiser la fureur populaire contre le régime lors du printemps syrien en mars 2011, l’orchestration de coups d’État dans le cadre d’une politique de “changement de régime” – Regime Change- [par exemple Ukraine 2014 avec le massacre des populations russophones de l’est du Donbass par des sections Néo nazies entraînées dans des camps américains notamment installés en Ukraine et au Kosovo], le déploiement d’armées privées de mercenaires locaux etc.

Cette réalité savamment occultée ou travestie permet trop rarement au public francophone non initié en géopolitique de réaliser les connections asymétriques entre des dangers régionaux ou prétendus globaux et les forces instigatrices les activant ; forces  supposées se trouver dans le camp des “méchants”, pour filer la métaphore simpliste peu convaincante que déroule régulièrement la rhétorique américaine. Or, le paradoxe objective que les “gentils Good cops”; symboles ancrés dans une mythologie biblique manichéenne, puérile, ethnocentriste et géographiquement situés à l’Ouest d’Eden dans l’inconscient collectif occidental sont, en l’occurrence, des armées  irrésolument versées à l’Est d’Eden non par penchant naturel constamment mauvais mais pour des motifs obéissant à la logique hégémonique unipolaire. Par conséquent, notre première question sera celle de nommer ces forces ou acteurs fondamentaux tirant les ficelles en coulisses.

Ce qui serait pire que de faire tomber les grands mythes, ce serait de s’accrocher aux mauvaises étoiles.

Nous avons déjà largement cité les États-Unis et l’Arabie Saoudite en suivant le bon sens de la formule latine se demandant “cui bono”? A qui profite le crime et en notre cas présent, qui bénéficie de l’enchaînement incessant de disruptions au Moyen-Orient et en Asie Centrale? Ce duo, auquel s’est plié la cohorte de leaders d’Europe occidentale définitivement émasculés, n’étonnera personne.  Pourtant, si nous en restions là, la réponse demeurerait insuffisante  quant à brosser le portrait d’un Cerbère à trois têtes ; miroir moderne du gardien des enfers helléniques. En outre, il semble intellectuellement incontournable de tenter d’apporter une justification rationnelle à l’intensité du chaos et des conséquences provoquées dans ces régions respectives, et jusqu’en Europe depuis 2015. Le présent article est destiné à combler ces lacunes .

Pan-Arabisme républicain laïc / Monarchisme autoritaire Pan-Arabe

En 1945, de retour de la conférence de Yalta sur l’USS Quincy, le président américain F.D. Roosevelt signe un discret accord avec le Roi Saoud d’Arabie Saoudite. En échange d’un approvisionnement illimité des États-Unis en pétrole et à l’avantage quasi absolu d’actionnaires Anglo-américains exploitant les puits saoudiens, l’Arabie Saoudite assure en retour la pérennisation de son régime monarchique pour les 60 années suivantes. Ce même protocole dits “Accords Quincy” est renouvelé par le Président George. W. Bush en 2005, pour la même période de référence.  Les motivations de la famille Saoud s’épuisent dans sa volonté d’organiser une résistance efficace face au Pan-Arabisme laïc existant et montant au sein du monde musulman (ex: En Égypte avec Nasser, en Iran avec le gouvernement quasi séculaire de Mohammed Mossadegh (1952), au Liban, en Syrie, en Irak). Autrement dit, tandis que certains pays sont en train de développer des modèles de régimes démocratiques républicains, progressifs et laïcs, les Saoud opposent un monarchisme autoritaire, c’est à dire une conception verticale et tyrannique du pouvoir  se servant du wahhabisme imposé et diffusé comme meilleur garant de la pérennité du royaume, de la dynastie régnante et de la diffusion de l’Islam politique sunnite. Ce dernier phénomène aura pour conséquence la plus directe de rechercher la déstabilisation et l’écartèlement de l’identité du Musulman d’Égypte, du Liban, de Syrie d’Irak, d’Iran entre sa foi religieuse et ses aspirations à accéder à un régime démocratique garantissant un état de droit, l’accès à des libertés individuelles, à un progrès social et à un pluralisme politique et institutionnel  incarné par un principe d’égalité entre les différents représentants des minorités religieuses et/ou ethniques nationales au parlement. L’avantage supplémentaire sera celui de rendre ce Musulman plus vulnérable aux infiltrations d’éléments extérieurs destinés à escalader les tensions sectaires (religieuses) entre les différentes communautés.

Ce sera donc ce défi lancé par le Pan-Arabisme démocratique et séculaire au  Pan-Islamisme autoritaire monarchique qui déterminera le second à s’abriter et/ou à se dissimuler dans l’ombre de l’exceptionnalisme hégémonique américain, lequel l’utilisera dans un mouvement réflexif comme moyen de réalisation de ses objectifs de domination et d’expansion géopolitique. Au cours des décennies, ce sera à travers ce Cerbère initial à deux têtes finançant et armant des groupuscules terroristes sunnites exportés sur divers théâtres d’opération au sein du Heartland, notamment en Afghanistan dans la guerre par procuration livrée par les États-Unis contre l’Union soviétique entre 1979 et 1988 que se développera un militantisme takfiriste légitimant le recours à l’ultra-violence et à l’excommunication pour “apostasie” au nom d’une idéologie politique  fondée sur le Pan-Islamisme monarchiste et l’intégrisme religieux sunnite. Ainsi, non seulement le Wahhabisme se positionne-t-il strictement comme arme de division des populations du Moyen-Orient de leurs gouvernements dans leurs tentatives républicaines, mais représente-t-il également une armée silencieuse destinée à commettre le pire afin de justifier l’interventionnisme américain à l’échelle mondiale. Il y a quelques jours, le Secrétaire d’État américain Rex Tillerson et le Général Mattis ont demandé au Congrès l’autorisation de reconduire une mesure d’exception prise à la suite des attentats du 9/11 affranchissant la machine de guerre du Pentagone de tout consentement préalable du Congrès pour “lancer des guerres illimitées dans le temps et sans contraintes géographiques aucunes, au seul motif de lutter contre le terrorisme global” (AUMF).

(Sous-titres en français disponibles dans les options).

On appréciera la logique perverse d’une telle initiative dont une partie trouve sa justification dans la nécessité pour les Américains de supporter un dollar en chute libre par le recours perpétuel à la technique de la guerre totale; “full-out war”.

Par ailleurs, eu égard à la capacité de la périphérie [le Moyen-Orient] d’influencer drastiquement le Heartland, on comprend dès lors mieux que la position stratégique et la proximité culturelle d’Israël se soit révélée le meilleur atout et allié des États-Unis au plan régional depuis les dernières décennies.

Solitude israélienne ?

Que l’on veuille ou pas le nommer sionisme, de nombreux Juifs caressent l’espoir de pouvoir un jour recréer l’État hébreu tel que conquis par le Roi David. Si la chimère est devenue une commodité des détracteurs de l’État moderne d’Israël, ces derniers concluent opportunément que cette ambition conduit les Israéliens à mener une politique exclusivement tournée vers la réalisation de ce projet et que leur leadership les autorisent à s’affranchir de toutes  règles organisant le droit international pour dominer le Moyen-Orient et atteindre leurs intérêts globaux. On reprochera encore avec envie la puissance du lobby Juif, notamment américain, parce qu’après plus de deux millénaires faits de persécutions sur le vieux continent ou de condamnation au statut de dhimmitude sous la gouvernance musulmane et après qu’un peuple aura été conduit au-delà des portes des enfers tels que décrits par les saintes écritures, on trouvera encore des motifs de haïr ce que l’enfer même n’a pu précisément vaincre. De cette solitude ontologique, le Juif a fait une force que beaucoup ont nommé depuis, la résilience. Dès le 29 Novembre 1947, le Juif israélien l’a appelée la certitude. Se savoir entouré par 25 nations musulmanes forge une nécessité  ; celle de la domination ou de la disparition. Autrement dit, la domination israélienne sur le Moyen-Orient est un conséquencialisme de lucidité. Il ne s’agit en rien d’un nazisme ou de quelque sornette de complot juif mondial dont les milieux d’extrême droite et gauche européens s’étourdissent dans l’imbécillité la plus solennelle. Il s’agit de ce qui a mené et mènera le peuple d’Israël jusqu’au bout ; l’épée et l’invisible bouclier.

Pour autant, ce destin tragique et cette situation géographique inconfortable, quoi qu’éminemment stratégique, ont-ils valeur morale fournissant ipso facto à Israel un permis permanent et illimité de tuer au motif légitime qu’il souhaite survivre? On peut répondre à cette question par une autre question : Qui a déclaré la guerre dès l’aube du 30 Novembre 1947? Ou encore, combien de pogroms juifs ont-ils été menés par les nationalistes pan-Arabes pendant les années de mandat britannique? Cette dernière remarque permet de finaliser l’ébauche du Cerbère moderne. Ainsi, puisque le Pan-Arabisme républicain et/ou le rêve de recréer la grande nation Arabe représentaient des périls communs aux Israéliens et au  Pan-Islamisme monarchique sunnite saoudien, la logique d’intérêts partagés conduisait-elle assez immanquablement Israel à devenir la troisième tête de l’animal. Sans effacer une méfiance réciproque, le trio Etats-Unis-Israel-Arabie Saoudite signerait la formule de la plupart des déstabilisations des dernières décennies.

Il ne faut pas avoir peur le dire la vérité. Il faut seulement craindre de ne pas pouvoir en justifier le fondement moral.

Les instigateurs principaux étant nommés, lorsque le projet n’envisage rien de moins que la domination du Heartland, il ne s’agit pas seulement d’assurer des alliances. Encore faut-il que celles-ci soient durables, d’où l’importance de les entraîner, de les soumettre, voire de les  compromettre dans un processus long. En d’autres termes, fournir et/ou  contrôler leurs atouts financiers, économiques, politiques, militaires, sécuritaires, culturels, communicationnels, c’est à dire  leurs centres de pouvoirs décisionnaires, leur puissance technologique, leur capacités techniques d’intervention autant que leur ligne idéologique, leurs organes de propagande médiatique et de réflexions théoriques autrement appelés organisations non-gouvernementales relèvent de l’impératif catégorique, si l’enjeu est la domination du “Grand échiquier géopolitique”.

D’un côté, l’exceptionnalisme américain et la façon toute unique de ses administrations successives de se représenter comme une “élite” autorisée par Dieu à s’affranchir de toutes régulations internationales établies et de dresser des listes pléthoriques de politiques moralement illégitimes, partiales, parcellaires et légalement punissables [politique du deux poids, deux mesures/ “double standard policy”] dans le but de plier le monde à l’hégémonisme unipolaire condamnait en quelque sorte Israel à cette alliance. En outre, la puissance de l’exceptionnalisme américain et le choix de son support au sionisme laissait peu d’options alternatives au jeune État israélien, même s’il faut rappeler que la guerre israélo-arabe de 1948 a été gagnée grâce à l’Union soviétique et à la décision de Staline d’autoriser les usines d’armement de Tchécoslovaquie à livrer des armes, munitions et pièces d’artillerie à Israel, tandis que la communauté internationale l’avait abandonnée à son sort. Naturellement, l’intérêt du Heartland de créer un foyer communiste au Moyen-Orient explique en partie cet acte de générosité. Pourtant, les faits sont là et doivent être rappelés.  En conséquence, ceux qui en Occident voudraient occulter le lien assez unique et privilégié tissé entre Israel et l’Union soviétique puis la Fédération Russe actuelle sont dans l’erreur majeure d’appréciation même si les financiers Anglo-Américains ont joué à un jeu de déstabilisation permanent du marché russe, sans jamais parvenir à détruire entièrement [et s’approprier] les richesses du Heartland par les moyens de la guerre économique et financière.  Mais n’anticipons pas sur la suite de notre propos. L’exceptionnalisme américain allié au sionisme partagent l’ambition commune d’empêcher à tout prix l’unité du monde musulman par le déclenchement de conflits récurrents en chaîne au Moyen-Orient et par extension, en Asie centrale. Diviser et conquérir; “Divide and Conquer” selon la technique de l’Empire britannique demeure l’actualité permanente du cerbère moderne à trois têtes

Ceci explique également les politiques modérées de l’Arabie Saoudite envers Israel et l’incursion, somme toute, extrêmement limitée de l’État Islamique sur le territoire israélien, tandis que l’évidente logique pouvait laisser augurer du pire.  Le Takfirisme, lequel définit le wahhabisme saoudien, est largement dans ce domaine une succession de menaces et de slogans brandis destinés à mobiliser la diaspora juive, comme à lancer des campagnes de recrutements pour musulmans sunnites naïfs. Depuis les dernières décennies, la fréquence régulière des incursions des Israéliens en territoires occupés tous les trois ans objective une attitude convenue entre Israel et Arabie Saoudite. La vraie nouveauté et son péril correspondant est celui ayant constaté la compréhension de ce jeu entendu par les dirigeants sunnites du Hamas [Gaza] lesquels se sont, de fait, non seulement récemment rapprochés du Fatah [territoires de Cisjordamie] mais surtout du Hezbollah shi’ite installé au Liban. Aussi, une nouvelle guerre israélienne contre le Liban est-elle une certitude que nous pouvons assez aisément prévoir dans un avenir proche. La démission du Premier Ministre libanais Saad Hariri au motif de craindre pour sa vie en raison d’un Hezbollah siégeant au Parlement mais dont la branche armée le menacerait directement est une tentative, quoi que spectaculaire, assez peu efficace même si celle-ci cherche à rappeler l’assassinat de son père Rafiq Hariri en Fév 2005 dont on a accusé le Hezbollah d’être l’instigateur.

Enfin, cette stratégie de grand échiquier menée depuis seize années en théorie, mais depuis bien avant en pratique, expose désormais au grand jour l’avantage supplémentaire anglo-américain de s’arroger les richesses naturelles pétrolières, gazières et minérales des régions moyen orientales et d’Asie centrale, notamment celles assez incomparables présentes dans le sous-sol afghan, au delà des trafics de drogues dont sont largement bénéficiaires les groupes pharmaceutiques américains. Indépendamment des gains faramineux relatifs à l’économie souterraine liée aux stupéfiants, le marché légal américain des narcotiques, opioïdes et dérivés est estimé à plusieurs dizaines de milliards de dollars. Les Américains consomment 80% des drogues circulant dans le monde. Concernant l’accaparement des richesses naturelles, des commentaires similaires peuvent s’appliquer et expliquer la présence américaine, quoi que bien peu médiatisée, dans 53 des 54 pays africains.

La signification et la portée du conflit syrien

Eu égard à nos analyses précédentes, le conflit syrien peut se traduire comme la résistance de pivot eurasien la plus déterminée contre l’alliance de l’exceptionnalisme américain-sioniste et wahhabite en ce sens que la Syrie représente en effet, le dernier vestige du Pan-Arabisme séculaire en raison des fondations idéologiques du parti Ba’ath. Or, tout le jeu du Cerbère sera désormais celui de briser les liens persistants entre parti Ba’ath syrien et parti Ba’ath irakien par une occupation américaine permanente “au nom de la lutte contre le terrorisme”, par l’orchestration de tensions entre les communautés religieuses ou ethniques et dans une moindre mesure, par la récupération médiatique d’un Kurdistan indépendant ; dossier sur lequel nous reviendrons plus tard dans notre présentation.

Afrique : néocolonialisme occidental / Projet humaniste de la BRI

Par ailleurs et par extension, ces objectifs occidentaux qualifient également la Syrie comme l’État le plus défiant et résistant à la domination d’Israël sur le Moyen-Orient grâce aux supports conjugués de la Russie, de l’Iran et enfin de la Chine dont le projet humaniste de créer un itinéraire décuplé de nouvelles routes terrestres, ferroviaires et maritimes par rapport à l’originale “route de la soie” désormais appelée “The Belt and Road Initiative” ou BRI fixe l’objectif terminal de relier les 5 continents habités et donc, d’apporter une croissance économique considérable à chacun des pays participants. Cette ambitieuse reconfiguration des équilibres géopolitiques et des liens obsolètes unissant les États signerait par contre-coup l’arrêt de mort de l’impérialisme unipolaire américain. Plusieurs leaders africains ont déjà conclu des accords s’exprimant en milliards avec l’initiative chinoise sur la caution intangible de leurs richesses naturelles. Par ailleurs, ces ententes forment l’exigence supplémentaire de lutter contre la pauvreté sur le continent. Or, l’effort américain inverse correspondant à la multiplications d’opérations psychologiques (psy-ops) menées par la CIA, à l’utilisation croissante d’armées de mercenaires (PMC – Private Military Companies) opérant à moindre coût à l’échelle mondiale et le déploiement intensifié de l’U.S military presence partout sur le continent africain a constamment cherché à  justifier de manière légale une violation de 53 souverainetés nationales.

Par exemple, tandis que la Chine construit actuellement une ligne ferroviaire qui reliera à terme la côte Est à la côte Ouest, la présence de la CIA, de forces spéciales américaines et de leurs cohortes de mercenaires locaux dans les régions pétrolières subsahariennes (Mali,  Niger, Nigeria et dans d’autres régions (Somalie, Soudan…) manufacturent des guerres, exacerbent les tensions entre les communautés chrétiennes et musulmanes, fomentent des épurations ethniques; procédés destinés à changer ces zones en ceinture de feu d’États en déroute  [ou zones de non-droit]; de fait  rendus peu attractifs pour leur intégration au sein de la “Belt Road initiative”, tandis que leurs potentiels sont immenses. Il est inutile d’insister sur la corruption des leaders politiques et des organisations non gouvernementales pratiquée par l’Occident comme corolaire néocolonialiste de déstabilisation selon la maxime déjà citée : “Divide and conquer”. Le recours à ces regrettables stratégies entraîne une baisse de croissances des économies concernées au meilleur avantage à long terme des Américains et des puissances occidentales.  Il devient ainsi aisé à ces derniers de se présenter comme des soldats-libérateurs fixant durablement  leur ancrage par la construction de bases, comme récemment au Niger, “au nom de la lutte globale contre le terrorisme”.

BRI

Africa

En 2011, l’opération franco-britannique dirigée en coulisses par les Américains destinée à renverser le Colonel Muammar Gadaffi en  Libye visait en réalité à annihiler l’équilibre qu’était parvenu à créer le Colonel entre  les tribus Touaregs et d’autres groupes tribaux non seulement sur son territoire, mais également dans la majeure partie de la bande sahélienne, y compris au Niger . Cette opération de changement de régime “regime change” était directement liée au projet d’injection et d’utilisation d’éléments d’Al Qaeda par Washington et la France, comme premier partenaire de crime, afin d’organiser la déstabilisation entière de la région en vue d’installer les bases légales d’un néo-colonialisme dissimulé derrière la rhétorique attrape-nigauds à large spectre de “lutte totale contre le terrorisme”. Activant des groupes de pillards tenus en respect par Gadaffi durant les décennies précédentes, on assisterait à la naissance d’AQMI,  à la radicalisation d’Ansar Eddine, de la Djamaât Tawhid wal Djihad en Afrique de l’Ouest, d’Ansar ech-Charia, des Moulathamoune etc. On ne se sera même pas étonnés du soutien de la France et des États-Unis apporté aux chefs du Mouvement national pour la libération de l’Azawad plutôt qu’à leur intégration à la liste des hommes à neutraliser, par exemple, si l’œuvre poursuivait une cohérence sincère et moralement recevable . Au final, de groupuscules tantôt prêtant allégeance à Al Qaeda, tantôt à ISIS et plus tard, à l’apparition de cellules d’ISIS relocalisées dans la région par les puissances occidentales, le biais de la Turquie ou de l’Arabie Saoudite par exemple, on aura convaincu l’Occident du bien-fondé de sa croisade pour la cause juste, tandis qu’on le bernait pour le détourner des vrais enjeux géopolitiques. Or pendant ce temps, que se passait-il en Eurasie?

Alternative au pétrodollar et à l’impérialisme unipolaire : Le Yuan-Oil 

La Chine, la Russie, leurs partenaires économiques au sein de l’organisation des pays émergents (BRICS- Brésil/Russie/Inde/ Chine/Afrique du Sud) avec une Chine qui n’émerge plus d’ailleurs, puisqu’elle tire à elle seule la croissance mondiale, ainsi que leurs partenaires eurasiens au sein de l’Organisation de Coopération de Shanghai (OCS ou SCO en anglais) sont en train de finaliser l’architecture d’une devise alternative à la tyrannie de l’U.S. dollar, tandis que Washington s’est embarqué dans une campagne d’intimidation et de rapports tendus vis-à-vis de ses alliés traditionnels. Exigence de soutien au dollar par l’impératif pour les pays de l’OTAN de verser 2% de leurs PIB annuels respectifs. Guerres illimitées soutenant le complexe militaro-industriel américain et donc, un dollar en détresse dans le contexte d’une dette publique ayant atteint l’ingérable montant de $21 trillion et une Sécurité sociale devenue incapable de payer les pensions des Baby Boomers dont 10.000 arrivent sur le marché journellement. Accélération de la fréquence des exercices d’entraînements militaires en Europe de l’Est et dans les régions proches de la Baltique dans le cadre de la stratégie américaine éculée de provocation et de réactivation de l’épouvantail brandi d’une  “menace rouge”. Or sans l’OTAN, l’hégémonisme américain n’est plus rien. Avec l’OTAN, l’Europe n’est plus rien. Telle est la tragédie racinienne du rêve européen. Pareille à l’Antigone classique, l’Europe n’est ni tout à fait innocente, ni tout à fait coupable. Politique de dissuasion destinée à décourager les pays européens d’accepter de nouveaux investissements directs (IDE) chinois dans leurs économies respectives au fallacieux motif de “préserver la sécurité” après que la France, par exemple, les a tous accueillis pendant les 5 dernières années à travers une campagne d’encensement dithyrambique (vente de concessions aéroportuaires, vignobles, terres agricoles, châteaux,  immeubles….) ou que l’Allemagne a bénéficié de 37 des 39 IDE chinoises en 2015 sont autant de démonstrations de force de plus en plus perçues à Bruxelles comme une atteinte directe et déloyale aux intérêts européens. Si le vieux continent veut avoir un avenir, il doit admettre l’évidence d’une partition du monde telle que définie en 1945 désormais devenue obsolète. Escalade des rapports de force opposant les intérêts des groupes européens du secteur de l’énergie quant à leur choix de privilégier des contrats avantageux avec le géant russe Gazprom, contre la  sommation de Washington d’acheter l’énergie européenne plus chère, et outre-Atlantique et récemment, tentative de Washington de sortir l’Iran d’un projet réunissant 35 nations dont on parle peu aux Français, quoi que les tests d’expérimentation se mènent sur leur propre territoire. Il s’agit d’une énergie  assise non plus sur la fission nucléaire de l’atome, comme c’est le cas depuis les années 1960, mais sur sa fusion. “La fusion est la réaction nucléaire qui alimente le Soleil et les étoiles. Potentiellement, c’est une source d’énergie quasiment inépuisable, sûre, et d’un faible impact sur l’environnement. ITER a pour objectif de maîtriser cette énergie : le programme est une étape essentielle entre les installations de recherche qui l’ont précédé et les centrales de fusion qui lui succéderont”. Or jusqu’ici, l’Iran s’est conformée à toutes les exigences imposées par le JCPOA dont une partie est relative à l’accord nucléaire signé en 2015 avec le G5 +1 (Allemagne). Les inspecteurs envoyés par l’Agence Internationale de l’Énergie atomique (AIEA) ont régulièrement re-certifié cette conformité et quoi que Trump a refusé de signer la dernière re-certification au motif d’une non-conformité à “l’esprit” du JCPOA, l’Union Européenne dont les industrialistes et financiers ont désormais des intérêts en Iran, continue d’honorer les engagements réciproques tels que ratifiés en Juillet 2015.

Cette pression constante de Washington sur ses “alliés” par de telles manœuvres d’intimidation objective en creux la fébrilité  d’une Amérique hégémonique passée en moins de trois décennies du rang d’hyperpuissance ( dès après son orchestration du démantèlement de l’Union Soviétique), au rang de puissance  économique sous respiration artificielle autorisée par la Chine. Par ailleurs, les États-Unis se sont largement discrédités pour leur violations récurrentes du droit international affranchi de la nécessité de mandats onusiens, pour leur pratique discutable de la démocratie [notamment flagrante lors de la dernière élection présidentielle avec des questions données à la candidate Hillary Clinton en amont du débat de la primaire démocrate contre Bernie Sanders] et dont la société apparaît de plus en plus fracturée. L’émergence de mouvements Antifa, Néo-nazis, “Black lives matter”, “white supremacists”, “Jewish lives matter” ect. , les violences constatées sur de nombreux campus notamment à Berkeley sont les symptômes d’une civilisation sur le déclin. Or, la rhétorique “unificatrice” d’une Amérique frappée par le terrorisme islamiste est peu compatible avec la logique d’une liste de pays musulmans largement shi’ites pour l’excellente raison que c’est le terrorisme sunnite qui tue en Occident. Contrairement à l’idée disséminée trop souvent, l’Administration Obama est à l’initiative de cette liste ; non l’actuelle administration. L’ensemble de ces données sociétales conjuguées au capitalisme spéculatif échevelé d’une Amérique précipitée dans une mondialisation mettant en exergue la formidable concurrence de la Chine ont abouti au désespoir lorsqu’il est nu, lequel s’est incarné et explique en large partie la victoire du président Donald J. Trump.

En outre, les publications par WikiLeaks de dossiers concernant la CIA et pointant sa responsabilité directe et récurrente dans la fomentation de conflits ayant entraîné la mort de millions de civils à travers le monde au cours des décennies de son existence, l’interférence dans les élections majeures de plus de 80 pays au cours des dernières décennies ainsi que celles relatives à ses programmes d’espionnage (Vault 7-year zero) utilisant des procédés parfaitement ignobles ou encore les révélations en lien avec une agence d’intelligence globale privée “Stratfor” installée au Texas  ont fini de démythifier l’image d’une Terre aux rivages lointains garante de libertés, de droits et de progressisme. Le monde ouvre les yeux et tourne le regard vers l’Asie. Un monde multipolaire et humaniste est en marche contre une République planétaire dissimulant l’unipolarité de sa formule hégémonique.

Un monde multipolaire en marche

En plus de la Chine et de la Russie, les pays membres de l’OCS incluent le Kazakhstan, Kyrgyzstan, Tajikistan, Ouzbekistan et très récemment l’Inde et le Pakistan. De fait, dans l’espoir d’affaiblir cette zone pivot selon la théorie Mackinder, l’intérêt évident des États-Unis admet la nécessité d’escalader les tensions religieuses et ethniques sur l’ensemble des territoires inclus dans le projet chinois de la BRI et notamment le long des frontières sanglantes “bloody borders”; selon la fameuse formule de Samuel Huntington . On oublie de mentionner qu’Huntington trahissait par cette formule la véritable ambition américaine de décupler les clashes le long de toutes les frontières du Heartland et du Rimland (pays limitrophes). Avec l’annonce du lancement officiel du projet chinois  BRI en 2015 à Astana (Kazakhstan), la mise en application de déstabilisation massive  est devenue encore plus urgente.  Pour autant, l’ironie est celle de constater que cet ensemble ou “Heartland” d’unité structurelle est parvenu à se reformer de façon quasi originale, réunissant une population de plus de 3 milliards de personnes ; soit 42% de la population mondiale dans une coopération cohérente, constructive, ambitieuse, pacifique, économique et politique. Par extension, en y ajoutant les pays observateurs officiels ayant montré un intérêt certain de rejoindre l’union en qualité de membres à part entière —Afghanistan, Biélorussie, Iran et Mongolie; un bref coup d’œil sur le planisphère objective les potentiels formidables de l’OCS . Notons encore que la Turquie s’est inscrite dans des pourparlers sérieux explorant sa possible adhésion à l’organisation au même titre que le Sri Lanka, l’Arménie, l’Azerbaïdjan, le Cambodge et le Népal. Combiné avec plusieurs pays Sud-Américains et Africains et considérant les statistiques démographiques mondiales en faveur de cet espace, l’ensemble est tout simplement, à couper le souffle. Pourtant, lorsque Vladimir Putin a déclaré plus tôt cette année :

” Avec le recul, on se rendra compte que la destruction de l’Union Soviétique demeurera l’erreur majeure du XXe siècle”, que voulait-il dire?

Il ne s’agissait en rien d’une expression nostalgique vis-à-vis de l’ère communiste. Qu’il s’agisse de Putin ou de la Chine, nous parlons bien de socialisme incluant un secteur public fort dans les segments stratégiques conjugué à un libéralisme intelligent particulièrement réussi et à un conservatisme sociétal par la nécessité de ne pas laisser le territoire ni les consciences être infiltrées par les tentatives récurrentes de déstabilisation lancées par le Cerbère et qu’il appellera “lutte pour les droits de l’homme”. Si la Chine est clairement entrée dans la mondialisation et la modernisation, elle n’est pas prête à une “westernization” , c’est à dire à subir l’influence de la vision ethnocentriste forçant l’occidentalisation dont on a vu le projet hégémonique qu’il dissimule. Au-delà des commentaires les plus obtus et partisans de journalistes ou NGOs occidentaux vautrés dans l’obséquiosité vis-à-vis de ceux qui les obligent, la complexité du monde géopolitique admet une certitude. En voulant détruire le Heartland dans lequel la Russie était parvenue à inscrire les communautés islamiques du Sud de l’U.R.S.S (Ouzbékistan, Afghanistan, Tadjikistan…), on a démantelé un ensemble plus patriotique que nationaliste, plus traditionaliste que pratiquant un Islam sunnite politique intégriste au profit escompté d’un déchaînement et de la diffusion de ce second agenda. Or, tandis que la Chine et la Fédération de Russie résistent remarquablement bien à cette irrigation, ce terrorisme sunnite utile au cerbère au Moyen-Orient notamment, échappe parfois et frappe désormais l’Occident ou encore, est-il délibérément activé, servant alors de fondement légal visant l’escalade de lois liberticides au fallacieux motif de “lutte globale contre le terrorisme”. La seconde ironie est celle qui souligne l’incohérence de la rhétorique occidentale. Je l’ai déjà relevée. Tandis que c’est bien le terrorisme islamiste sunnite qui tue à travers le monde, la diabolisation américaine s’exerce exclusivement sur les pays shi’ites ; soit 15% du monde musulman que la Chine juge vitaux pour l’implémentation de la BRI et notamment l’Iran en Asie centrale en sa qualité de connecteur des ressources énergétiques entre l’Orient et l’Occident, mais également de hub de transit pour un certain nombre de marchandises.  Soutenue financièrement par Beijing, un train grande vitesse y est actuellement en construction qui reliera l’Iran au corridor économique Chine-Pakistan en aboutissant à Gwador, sur le golfe persique. En outre, le projet de corridor ferroviaire de transport international Nord-Sud (INSTC), long de 5600 km reliera Mumbai (Inde) à la Russie via l’Iran et l’Azerbaidjan. Des tests concluants ont été menés en 2014 soulignant le gain de temps pour les acheminements et le respect de contraintes écologiques auxquelles ces différents pays se sont engagés. Relié aux routes maritimes de la BRI,  l’INSTC s’inclut dans un accord plus large dit “Accord d’Ashgabat” ratifié en 2015 entre l’Inde, l’Iran, le Kazhakstan, Oman, le Turkistan et l’Ouzbékistan. L’intérêt de tels partenariats est sensible pour la croissance économique de telles régions favorisant le commerce entre l’Asie Centrale et les États du Golfe persique.

En changeant de perspective géopolitique et de zone géographique, chacun peut comprendre la nécessité pour Israel de couper le corridor ininterrompu entre l’Iran, l’Irak, la Syrie et le Hezbollah shi’ite libanais et comprendre sa nécessité de n’admettre ni l’Iran ni l’Arabie Saoudite dans le cercle des puissances de détérence nucléaire afin d’assurer sa domination sur le Moyen-Orient. Chacun peut comprendre l’intérêt supplémentaire américain d’isoler l’Iran en Asie centrale en imposant une présence continue en Afghanistan pour faire capoter le projet BRI  tel qu’envisagé par la Chine et d’être à l’origine d’un projet alternatif compatible avec la perpétuation de son hégémonie planétaire. Chacun comprendra également l’exacerbation probable de tensions territoriales existant entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan. Il est donc possible de dire la vérité et d’expliquer en quoi ces impératifs définissent des stratégies machiavéliques au sens strict, c’est à dire admettant que la fin justifie les moyens. Certes, le premier impératif catégorique kantien de “toujours faire de l’homme une fin et non jamais un moyen” s’en trouve profondément perturbé dans ses fondements éthiques. Toutefois, prendre l’homme pour l’idiot qu’il n’est pas est une atteinte supérieure à l’harmonie de l’univers. Effectivement, pour reprendre la formule camusienne que l’on utilise désormais abondamment pour mieux radicaliser les esprits, “mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde”.  Or, le procédé propagandiste porteur du plus violent obscurantisme est un extrême navrant auquel il faut toujours se refuser, au risque de susciter le mépris absolu des sociétés pour lesquelles on écrit.

Enfin, sur le front Pacifique, la menace la plus directe aux relations économiques d’un monde multipolaire en rapide expansion au travers de l’ASEAN (Association of Southeast Asian Nations) ;ensemble de pays ayant organisé une zone de libre-échange économique depuis 1992) dérive directement du TPP (Trans-Pacific Partnership) ou TPPA Trans Pacific Partnership Agreement (TPPA) ; un accord de libre-échange entre l’Australie, Brunei Darussalam, le Canada, le Chili, le Japon, la Malaisie, le Mexique, la Nouvelle- Zélande, le Pérou, Singapour, les États-Unis (jusqu’au 23 Janvier 2017) et le Vietnam.

De fait, quoi que largement passé sous silence pour ne pas donner l’impression de renier ses promesses de campagnes de sortir du TPP jugé “injuste” envers les U.S, Washington continue de pousser cet arrangement commercial exclusif avec l’espoir de compromettre les partenariats que certains pays non-inclus dans le TPP, notamment la Chine et la Russie, envisagent de nouer avec certains membres du bloc. En se servant de ses leviers économiques et géopolitiques dans la région, quoi que de moins en moins populaires car jugés dangereux pour la préservation de la paix dans le Pacifique, les États-Unis entendent décourager, voire bousculer et détourner les membres appartenant à la fois au TPP et à la fois à l’ASEAN de ces deux acteurs multipolaires majeurs. Ici encore, la politique de la menace est largement utilisée par Washington afin de fermement enfermer ces nations “souveraines” dans le bloc unipolaire. Ici encore, la notion même de “bloc” est antinomique non seulement avec l’idée de souveraineté des Nations et de “leur droit inaliénable à disposer d’elles-mêmes” (Article premier de la Charte des Nations Unies, Article premier de la Constitution de 1789 “De la Souveraineté”), mais l’est-elle sans doute autant en regard de la vaine formule hégélienne d’une raison de l’histoire avançant vers la liberté des nations. Si la diplomatie a un sens, c’est celui de se tenir à l’écart des visions absolument manichéennes du monde.Or, tout l’exercice hypocrite des soixante dernières années aura consisté à imposer le passage ou glissement de l’idée de “Nations” à celle de “peuples” [et par extension d’individus] afin de déstructurer l’idée même de nation comme corps indivisible et souverain. A cet égard, la récupération de la Shoah comme fait historique travesti en nouvelle religion de l’Occident aura contribué à cette vile entreprise.

Toutefois, en considérant la dégradation de “l’excellence américaine” [quoique largement fondée sur sa capacité marketing illimitée alliée à son soft power] dans le cadre d’un TPP sur le déclin, si Washington est prêt à prendre une part active dans des négociations avec le FTAAP (The free Trade Area of the Asia-Pacific) réunissant 21 économies du bloc Asie-Pacifique, cette “excellenc”e peut être réinvestie à profit dans la zone de libre échange. Le voyage de 13 jours du Président américain dans le Pacifique est accessoirement destiné à rappeler et théâtraliser les alliances géopolitiques en exagérant la menace nucléaire directe et “soudaine” de la Corée du Nord. Une stratégie de changement de régime  fondée sur un scenario de menace Nord coréenne “soudaine” a été envisagée depuis au moins 2009 . Il est donc clair que cette technique s’agrège à une politique de pression indirecte sur la Chine visant l’encerclement de la Russie et de la Chine sur les flancs ouest (OTAN) et Est (Pacifique), dès lors que le régime de Pyongyang serait tombé.  Par ailleurs, au motif d’un argument légal pointant une inégalité des opportunités d’investissement stigmatisant  “des conditions injustes pour les entreprises étrangères investissant en Chine les forçant à accepter le transfert de technologies comme prérequis à tout accès au marché chinois”, il s’agit d’infiltrer le marché financier et économique chinois afin de neutraliser le projet de la BRI . Or, la Chine a retenu les leçons de ce que l’Occident lui a fait subir à partir du début du XIXe siècle et l’attaque sur ses marchés financiers en 2015, comme celle-ci a pointé les causes profondes ayant entraîné la chute de l’ Union soviétique.

Si certaines concessions médiatisées seront faites vis à vis des États-Unis dans un contexte où par exemple, le géant chinois Alibaba de la vente gros et demi-gros comptabilisant un marché de 525 millions de clients mensuels permettrait aux small businesses (TPE/PME) américains de refleurir, ni les grands groupes américains largement dépendants de la Chine ni Wall street ne s’attendent à des miracles. Si l’économie chinoise a besoin d’un marché de 320 millions d’habitants, Beijing cible bien davantage le développement de relations commerciales au sein des BRICS, de la SCO, de l’ASEAN etc. et avec l’Europe, considérant d’abord que le second partenaire commercial de cette dernière est la Chine et que les Européens ont besoin d’investissements chinois pour relancer leurs économies. En outre, dans sa transition vers une économie innovante, la Chine offre les moyens économiques à l’Europe de dynamiser et de faire fructifier des avancées technologiques mutuelles .

A cet égard, une véritable zone de Libre-échange sino-européenne était en marche, annoncée en 2014 par Stefan Fule, Commissaire européen à l’élargissement des politiques européennes avec ses voisins et qui sous l’impulsion de Beijing “s’étendrait possiblement de Lisbonne à Vladivostok” avec l’avantage supplémentaire d’introduire le Yuan comme monnaie des échanges internationaux concurrente à la tyrannie du “pétrodollar” prévoyant à long terme, sa libre convertibilité. Certains accords de règlements bilatéraux en Yuan avaient déjà été implémentés. Or ici, le rôle de la Grande-Bretagne de pouvoir promouvoir le Yuan comme devise capable de détrôner le pétrodollar avec Londres devenant sa capitale financière européenne, explique les raisons cachées d’un Brexit autorisé pour préserver les intérêts financiers du Cerbère.  Il eut été fondamental de promouvoir l’idée européenne sous cet angle précis auprès des opinions publiques. On a toujours dit qu’il existait une couronne à l’intérieur de la couronne britannique. La réponse géopolitique au Brexit se trouvait là, même si la Chine n’a pas dit son dernier mot.

“Keep your friends close, and your enemies closer” in ‘The Art of War’, Sun Tzu, Chinese military commander and strategist (544 – 496 BCE)

Quel futur pour la Syrie et l’Irak ?

“Suivez les gisements de pétrole et de gaz” est sans doute le meilleur conseil que l’on puisse donner sur le sujet. Quoi que la carte ci-dessous ne reflète plus les gisements contrôlés par IS (ancien ISIS/ISIL), l’intérêt d’un tel document est celui de fournir des éléments de géolocalisation des réserves naturelles utiles pour comprendre quels seront les lieux des enjeux futurs, qu’il s’agisse de négociations inscrites dans un processus de pacification ou des lignes de reconquête à venir. (Nota Bene : Dayr az-Zawr = Deir ez-Zor)

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Tandis que les médias occidentaux ont apporté peu d’explications, souvent parcellaires et presque invariablement insincères quant à savoir comment des militants d’un soi-disant État islamique auto-proclamé étaient parvenus à s’étoffer et à combattre pendant 7 années les forces armées de Syrie, d’Irak, d’Iran et finalement de Russie conjuguées, il est en revanche particulièrement évident dans l’esprit des experts honnêtes et des hommes authentiques que l’État islamique (IS) a bénéficié de renforts en armes, munitions, logistique de mobilité, transmissions etc. en provenance de bien plus loin que depuis les frontières limitrophes à la Syrie et à l’Irak, tout au long du conflit. Certes, une armée de pick-up en vadrouille peut causer certains dommages, mais on ne peut faire prendre toutes les vessies pour des lanternes pendant 7 ans sans risquer le discrédit absolu. La guerre Soviético-Américaine par États interposés jouée sur le théâtre d’opération afghan entre 1979 et 1988 peut, à cet égard, servir de meilleur exemple. En outre, nous nous épargnerons ici de rappeler sur quels fondements détestablement falsifiés a été lancée la guerre d’Irak en 2003 et dont le projet était de neutraliser le Pan-Arabisme incarné par les figures de Saddam Hussein (Irak) et de Bashar-Al Assad en Syrie. En Afghanistan, les Américains ont utilisé et armé tous les soldats de l’Islam sunnite financés et incités à aller sauver leurs frères Moudjahidines par leurs monarchismes autoritaires respectifs, tandis que ceux-ci se trouvaient de fait et opportunément déchargés d’une concurrence avec une popularité religieuse liée à un humanitarisme local faisant parfois ombrage à leur popularité au plan national. L’exemple des actions humanitaires des “Frères musulmans” est édifiant en la matière. Soucieuse de maîtriser les fomentations de contestations religieuses par les États-Unis en Asie centrale soviétique et répondant à l’appel à l’aide du Parti communiste Afghan, Moscou avait fini par intervenir.

Quant à l’Irak, il n’y avait jamais eu de “hangars gorgés d’armes de destruction massive”. La campagne de “libération” de Bagdad et l’annexion du pays aura duré à peine trois semaines avec les souffrances pour le peuple irakien que l’on connaît (prison d’Abu Grahib, camp de Bucca…). Pour couper le corridor continu entre Irak, Syrie et Hezbollah libanais, le cerbère aura mis le Moyen-Orient à feu et à sang. Pour Isoler l’Iran entre une Afghanistan annexée sous de faux prétextes et un Pakistan sous pression, les mêmes ravages auront été perpétrés sur la nation afghane depuis seize années. Quant à la Syrie, quelques éléments d’éclairage semblent opportun de citer:

  • Le 18 septembre 2017, le Ministre des Affaires Étrangères, Jean-Yves Le Drian, ancien Ministre de la Défense a suggéré devant les 193 membres de l’Assemblée générale des Nations-Unies réunie à New-York, la nécessité de “créer un groupe de contacts” pour discuter du sujet syrien. Au-delà de la pauvreté de la formule, les familiers de l’art de la diplomatie  à la française auront reçu le signal de l’arrêt définitif de 101 années de partition du Moyen-Orient telle que réalisée secrètement entre les empires britanniques et Français et scellée sous le nom tristement entré dans l’histoire d’ Accords Sykes-Picot (1916). 
  • Or pendant ce temps, en coulisses et tandis qu’il venait de prononcer un discours à la Camus mais sans le talent ni du verbe indiquant qu’il “se placerait toujours du côté des peuples oubliés et persécutés” ; une claire référence et stance en faveur des Kurdes indépendantistes combattant pour un État s’étendant potentiellement de l’Anatolie orientale, au Nord de l’Irak,  le président français Macron assurait son homologue Turc, Recep Tayyip Erdoğan, du soutien inconditionnel de la France contre la constitution d’un Kurdistan libre.

Pour rappel, les pourparlers initiaux sur une “transition démocratique” en Syrie se sont tenus entre le 23 Février et le 3 Mars 2017 à Genève sous le format du Conseil de Sécurité des Nations-Unies au cours duquel “l’opposition syrienne modérée” [actuellement un agglomérat de groupuscules terroristes sunnites supportés par le Cerbère incluant IS et  la branche Al Qaeda Jabhat al-Nusra] était invité à formuler ses exigences à l’égard de Bashar-Al Assad, intelligemment non convié à participer aux discussions. Quoi que de fait vouée à l’échec, les points suivants peuvent résumer cette initiative unilatérale :

  • En 2015, Bashar Al-Assad  propose un cessez-le-feu de 6 semaines à Alep. L’envoyé spécial des Nations-Unies en Syrie, Staffan de Mistura, transmet cette offre assez prévisiblement rejetée par la “coalition terroriste sunnite”. La ville d’Alep sera détruite par les militants d'[Al Qaeda] al-Nusra ou devrions-nous dire, des “rebels modérés”?
  • Quoi que sa déclaration publique gageait sur “des discussions destinées à explorer les possibilités de progresser vers une solution politique“, il était clair dès les premiers jours du conflit qu’un règlement diplomatique était une pure formule rhétorique pour l’excellente raison que le cerbère  [U.S.-Israel-Arabie Saoudite] et sa horde locale “Syrian opposition” n’attendait rien de moins que l’extermination des Shi’ites et le renversement du Président Bashar Al-Assad lequel appartient à la dynastie alaouite; une branche atténuée du Chiisme commune à celle du Roi du Maroc et mise en place par les Français avant leur départ définitif de Syrie placée sur leur mandat.
  • En Septembre 2015, les premiers Sukhoi russes lâchent leurs bombes sur les terroristes situés dans la région nord-ouest de Lattaquié ( base navale russe sur le territoire syrien et son seul point d’accès à la méditerranée).
  • A la fin du mois de Novembre 2016, De Mistura suggère une “autonomie d’Alep Est en échange de la paix”. Or, la région à l’Est de l’Euphrate concentre la majorité des réserves pétrolières et gazières de la Syrie. Cette proposition est naturellement écartée par le Président Syrien,  mais objective la valeur de mon conseil initial: “Suivez le pétrole”.
  • En Décembre 2016, Le haut représentant aux Affaires étrangères et aux politiques de sécurité de l’Union européenne, Federica Mogherini s’associe à De Mistura pour présenter une “solution de politique inclusive” commune dont on attend encore le plan de faisabilité.
  • En Mai 2017, De Mistura exprime son inquiétude quant à des “vides juridiques” résultant ou qui pourraient résulter d’une “transition politique” ou “d’un accord politique” dont les bases légales sont étonnamment laissées déterminées.
  • Une nouvelle réunion conduite par les États-Unis et probablement le Secrétaire d’État Rex Tillerson (ancien CEO d’Exxon Mobil) est prévue dans les prochaines semaines sans qu’à aucun moment, quelqu’un ne se dise qu’en l’absence de la Russie et de Bashar Al-Assad, ce format demeurera stérile.

Devrions-nous également mentionner qu’en Octobre 2016, le Ministre des Affaires étrangères Français Le Drian a proposé l’idée d’une “No-fly zone au-dessus d’Alep” , laquelle aurait opportunément accordé le temps à la coalition de réarmer les “rebels modérés” de même qu’elle aurait fourni une latitude appréciable de relocalisation de cellules d’IS sur le théâtre Afghan. On accueillera donc sans surprise le double véto Chinois et russe à cette proposition assez révélatrice à qui entend le langage militaire.

Enfin, il est impératif de noter le changement d’attitude d’ Erdogan envers la Russie après que sur l’ordre de l’OTAN son aviation aura abattu un Su-24 jet russe et qu’une populace aura presque lynché le second pilote, tandis que des accords de coordination des aviations militaires OTAN-Russie avaient été validés entre les parties. A partir de ce point dès lequel Erdogan avait à raison anticipé la victoire finale de la Russie, la Turquie cesserait le transfert des fonds saoudiens finançant l’entraînement des rebels modérés au sein des camps de l’OTAN en Turquie, au Kosovo ou en Ukraine, par exemple, ou envoyés sur le théâtre syrien par la Jordanie. De même, et notamment dès après la bataille pour la reprise d’Alep, ” l’Armée syrienne libre” cesserait-elle de se battre aux côtés de Jabhat al-Nusra [Al Qaeda]. Les rêves turcs de reprise d’Alep comme un écho aux jours les plus glorieux de l’empire Ottoman venaient de s’évanouir, tandis qu’à la place de rechercher les conditions d’un dialogue transparent et responsable, Washington passerait d’une stratégie utilisant Al Qaeda à l’est du pays à celle utilisant les espoirs des vaillants soldats Kurdes dans le Nord.

Ainsi, après la fomentation américaine d’un coup d’État raté en Turquie en 2016 grâce à l’intelligence iranienne et juste quelques semaines après les tensions instiguées par Trump entre l’Arabie Saoudite et le Qatar, une zone d’intérêts communs entre Erdogan et la Russie a-t-elle finalement motivé le retrait du président turc des négociations contreproductives de Genève pour rejoindre celles d’Astana, initiées dès Janvier dernier et réunissant la Russie, l’Iran et plusieurs autres puissances régionales ; format que les États-Unis, conviés, ont méprisé.  Autrement dit, une ligne de convergence décisive entre les intérêts turcs, irakiens et iraniens était mise en place, notamment sur le refus d’un Kurdistan indépendant en raison des éléments rationnels suivants :

D’une part, l’Iran a une population de 2 millions de Kurdes desquels elle ne verrait aucun avantage à se séparer. Par ailleurs,  la communauté kurde de Turquie compte la plus large minorité ethnique estimée entre  15 à 20% de la population entière tandis que l’Anatolie orientale, que les Kurdes considèrent comme une partie du Kurdistan historique, s’étend sur 25% du territoire national. Parallèlement en Irak, eu égard au  potentiel faramineux des réserves pétrolières et gazières concentrées dans la région de Kirkurk ; ancienne province Kurde jouissant d’une large autonomie avant l’installation d’ISIS en Irak, l’état central irakien n’a aucune intention d’accorder aux Kurdes une indépendance le privant d’enjeux économiques vitaux. En conséquence, nous assistons à l’issue de cette guerre largement remportée par les forces antagonistes à l’hégémonie du cerbère à une formidable ligne de convergence incluant les intérêts de l’Iran, de l’Irak, de la Syrie, du Liban avec un Hezbollah devenu extrêmement populaire rappelant l’aspiration du Pan-Arabisme séculaire et démocratique du Liban, mais incluant également le Qatar [sunnite] lequel partage des intérêts notamment gaziers avec l’Iran, le Bahrein et le Koweit. Exprimé autrement, “la Grande stratégie du Nouveau Moyen-Orient” telle que dessinée par le Cerbère se révèle un fiasco massif avec le Corps des Soldats de la révolution iranienne (IRGC) et les combattants du Hezbollah plus forts et plus populaires que jamais auparavant dans la région.

Au cours des mois de négociations au format Astana (Kazakhstan), les avancées suivantes ont été implémentées :

  • Création d’une “zone de désescalade”
  • Inclusion de la région syrienne d’Ibdil dans cette zone jusqu’ici tenue par des rebels syriens soutenus et militarisés par l’Occident y compris en armes bactériologiques.
  • Contrat de  vente et livraison entérinée de missiles S-400 russes à la Turquie et enfin,
  • Progressions significatives du “Turkish Stream” -Itinéraire d’approvisionnement de l’Europe en énergie par l’espace contrôlé par la souveraineté Turque.

Sans l’ombre d’un doute, l’intérêt initial de la Turquie de contrôler la région d’Ibdil est à mettre en perspective avec l’idée qu’Ankara envisage clairement les nouvelles routes de la soie (BRI), l’organisation de coopération de Shanghai (SCO), l’organisation des BRICS, le “Turkish stream” etc. comme l’avenir incontournable du Moyen-Orient. Conséquemment, il est particulièrement intéressant de noter que très récemment, le journal conservateur Turc Yeni Şafak  a exprimé la position fondamentale du leader turc

“Les forces armées Turques (TAF) s’apprêtent à établir 8 bases militaires dans la province syrienne d’Ibdil en appui de la Taftanaz Air Base et Abu al-Duhur Military Airbase [situées dans cette province et déjà utilisées par l’armée turque] (…) Désormais, la plus grande garnison de ‘l’armée syrienne libre’ située dans la région de Deif est contrôlée par les forces turques”.

En diplomatie décryptée, cela signifie et reconnait que la TAF est entrée dans la région d’Idbil sous le prétexte d’implémentation effective de l’accord  “de zone de désescalade’ conclu par Téhéran, Ankara et Moscou lors des discussions d’Astana sur l’issue du conflit syrien. En outre, le commandement militaire turc a précisé avoir établi son premier poste d’observation le 13 octobre dernier. En conséquence, considérant qu’aucun clash entre le  TAF and Hayat Tahrir al-Sham [ex représentation nominative de Jabhat al-Nusra ; branche syrienne d’Al Qaeda] n’avait été reporté à ce jour, il existe une sérieuse raison de considérer que la Turquie est parvenue à conclure un accord avec l’entité terroriste soutenue par la coalition occidentale et force active majeure dans la province.

A l’attention du public non-familier avec le ‘Turkish stream’ ; enjeux énergétiques faisant désormais de la Turquie le robinet-pivot tenant fermement les destins du Moyen-Orient et de l’Europe entre ses mains

south-stream-pipeline routes map- Sources TASS

Comme je l’ai constamment commenté,  le coup d’État américain en Ukraine (2014) espérant un changement de régime en Russie a capoté. Toutefois, l’ambition secrète était également celle de condamner l’Ukraine comme zone géographique stratégique permettant à la Russie d’alimenter l’Europe en énergie à travers l’ambitieux projet Nord Stream2 ; bénéfique tant pour les acteurs européens du secteur de l’énergie, comme pour la fédération russe ou le projet BRI chinois. Ce projet rendu inapplicable par le contexte géopolitique fomenté par les États-Unis s’exprimait en milliards ($15.5 ) prévoyant de pomper  67 milliards de mètres cubes de gaz russe alimentant l’Europe annuellement. La section sous-marine du pipeline représentant 900 km (559 miles) était destinée à relier le compresseur de la station Russe Russkaya depuis les rivages de la mer noire jusqu’aux côtes de la Bulgarie. Or, étant donné le contexte inflammatoire déclenché par les États-Unis en Ukraine et les sanctions européennes exigées par les Américains, le Président Putin a annoncé le 1er Déc 2014:

” Le projet est définitivement condamné en raison d’une approche peu constructive de l’Union Européenne, incluant la Bulgarie pressée par Washington de stopper la construction de la portion du pipeline s’étendant sur son territoire”.

En conséquence de quoi, le projet “South Stream” serait remplacé par le “Turkish Stream” entériné par une cérémonie historique de ratification entre les Présidents Putin et Erdogan intervenue au cours du même mois (dec 2014). Cet accord organisant l’architecture de plusieurs itinéraires de gaz naturels promettait donc à la Turquie un rôle décisif au pays, puisqu’il devenait un hub de transit pour l’exportation du gaz russe dans l’ensemble de l’Europe Occidentale et du sud.

Au final, considérant la récente insistance du Congrès américain de forcer Trump à la prise de sanctions économiques supplémentaires à l’égard de la Russie et de l’Iran dont les soldats de la révolution (IRGC) sont également de puissants acteurs économiques, considérant par ailleurs la dégradation rapide des relations américano-turques, considérant l’importance de l’Iran dans le projet BRI, considérant les investissements directs (IDE) et partenariats chinois nécessaires à l’Europe pour dynamiser sa croissance, considérant le “Turkish Stream” lequel n’était pas la volonté initiale de Vladimir Putin ; la nouvelle réalité géopolitique dresse à la fois le portrait d’un Moyen-Orient dont le destin est devenu dépendant de l’Iran et de la Turquie ; Turquie par ailleurs détenant le robinet de l’immigration et de la relocalisation partielle des terroristes sunnites en Europe, en plus du contrôle des valves énergétiques. En conclusion, le scénario de voir la Turquie sortir de l’OTAN pour jouer un rôle plus important dans le monde multipolaire est une option à envisager avec sérieux. Notons toutefois un accord passé entre Putin et le représentant de l’autorité du Kurdistan autonome irakien permettant de sécuriser l’acheminement du pétrole depuis Kirkurk (plus riche région pétrolière d’Irak et située dans la province autonome kurde) en la raccordant ensuite au Turkish Stream. Si cet accord est un clair témoignage de soutien aux Kurdes, on peut noter l’équilibre fragile qu’est en train de réaliser la Russie considérant l’opposition de la Turquie et de l’Iran sur le sujet. A ce jour, seuls les Israéliens étaient favorables aux Kurdistan indépendant pour des raisons évidentes déjà commentées.

Quelle est la véritable situation d’Israel?

Avec des unités du Hezbollah et des milices shi’ites déployées à 25 km de la  frontière israélo-syrienne (plateau du Golan) notamment dans la région de  Masyaf, la situation n’est guère encourageante. Plus tôt le mois dernier et depuis, les Forces Israélienne de défenses (IDF) ont déclaré avoir abattu un drone iranien survolant le Golan et avoir répliqué à des tirs provenant depuis l’autre côté de la frontière. Les officiels militaires ont signalé que “l’opposition syrienne, laquelle est composée de Kurdes, de groupes terroristes sunnites incluant Hayat Tahrir al-Sham [anciennement Al Qaeda- Jabhat al Nusra] et d’autres rebels sunnites locaux avaient repéré la présence iranienne dans la région de Tal Al-Sha’ar, de Tal Al-Ahmar et des quartiers de commandement de la Division 90 ; tous situés proche de la frontière”. En outre, Israel a signalé queHezbollah al-Nujaba; une force shi’ite iraquienne supportée par l’Iran a constitué une unité de libération du Golan s’étant déclarée prête à intervenir, tandis que des figures majeures des soldats de la révolution iranienne (IRGC) et Basij avaient été photographiées dans la même zone frontalière”

Depuis les dernières semaines, une accumulation de rapports similaires permettent de donner accès à la fébrilité actuelle de l’État hébreu. Dans un article paru le 28 sept 2017 dans Foreign Policy,  Jonathan Spyer, Chercheur au sein du Global Research in International Affairs Center (GLORIA/ Rubin Center) situé au centre interdisciplinaire IDC-Herzliya-il a assez étonnamment fait référence au Cerbère à sa manière, objectivant de façon assez maladroite la participation peu commentée en Occident et l’intérêt qu’ Israel avait trouvés dans le conflit syrien :

“Les avions Israéliens ont frappé les convois et les installations du Hezbollah et des forces de l’armée régulière syrienne des douzaines de fois durant le conflit syrien avec l’objectif d’enrayer le transfert de matériel armé de l’Iran vers la Syrie (…) A présent, avec l’éventualité des forces pro-iraniennes d’atteindre Buchamal [corridor frontalier de passage entre l’Irak et la Syrie], cela ouvre la possibilité de constituer un corridor ininterrompu entre l’Iran jusqu’à une zone située à quelques kilomètres du plateau du Golan contrôlé par le Hezbollah côté syrien.  En Syrie, les efforts des rebels sunnites ont au moins eu le bénéfice de détourner les attentions du bloc mené par l’Iran de son ennemi israélien  Pendant les cinq dernières années, Israel a pu rester en retrait tandis que l’Islam politique sunnite et shi’ite était engagé dans une danse fratricide juste au nord et à l’est de notre frontière. Or, l’intervention Russe et iranienne  a fait pencher la balance en défaveur des rebels sunnites, menaçant ainsi de clore le long chapitre de la guerre en Syrie”.

Ce que nous apprenons à travers ce commentaire est suffisamment dérangeant et parlant pour qu’il s’épargne du commentaire redondant objectivant les intérêts d’un conflit Sunnite-Shi’ite en dépit des millions de victimes, des populations déplacées, de la crise migratoire engendrée et des attentats terroristes visant à venger “les frères syriens et irakiens”. Toutefois, rappelons encore la seule option laissée à Israel pour espérer non pas la domination par tentation hégémonique absolument présente dans l’agenda de l’islam politique, mais la domination pour la survie. Rappelons les centaines de morts israéliens et 70 ans de lutte quotidienne. Rien n’aura été épargné au peuple Juif qui est depuis autant d’années le bouc-émissaire commode ayant hérité d’un baiser de la mort dissimulant une double trahison franco-britannique vieille de 101 années dont la duplicité a berné à la fois les Sunnites, les Shi’ites et les Kurdes et dont les frontières abracadabrantes ont créé un Moyen-Orient s’étripant encore aux seuls avantages occidentaux.

The Golan Heights – Plateau du Golan (côté syrien)- oct 2017

Parlant sous couvert d’anonymat, certains commandants au sein du Hezbollah admettent que l’accord d’une zone de désescalade sur le terrain a permis à l’organisation de se déployer dans le sud de la Syrie. “Nous n’avons pas besoin d’être présents au plus proche de la frontière avec Israel, même si nous admettons y faire des missions de reconnaissance de manière régulière. Nous sommes équipés de missiles nous permettant de toucher Israel depuis nos emplacements en l’espace de quelques minutes, si une escalade des tensions ou des provocations devait nous y conduire.” En conséquence, ceux-ci précisent que :  “l’été dernier, le Hezbollah en a profité pour relocaliser des forces de protection au Liban,  pour construire des tunnels, des bunkers et de nouveaux centres d’entraînements dans la région montagneuse autour de la plaine de la Bekaa.  (…) Concernant leur historique, ils déclarent : “Le Hezbollah a été crée en 1985, prenant le relais de groupes de résistance précurseurs. En 1982, lorsque les Américains ont bombé Beyrouth dans ce qui demeurerait le plus lourd bombardement depuis la guerre du Vietman ou celle de Corée, se retirant de Beyrouth en lançant 300 missiles tuant des milliers de civils, de Druzes irakiens et de Shi’ites non-combattants, que fallait-il faire? C’était dans le contexte de l’invasion du Liban par Israel. Déjà à l’époque, l’armée israélienne était armée et entraînée par les États-Unis. Les victimes combattantes étaient des forces militaires de gouvernements étant perçues par les Libanais comme des forces venues aider contre l’agression d’un Liban souverain . Il est facile de fomenter des attentats puis de tenir le Hezbollah responsable. La vérité est simple; un Liban libre, démocratique et souverain n’est ni dans l’intérêt des États-Unis ni dans celui d’Israël. Aujourd’hui, si on a encore gagné en Syrie grâce à notre détermination et à nos alliés, c’est parce qu’il y a une justice. C’est tout ce que je peux vous dire. Quand les Américains tuent des civils ici, ils appellent cela des dommages collatéraux. Lorsque c’est nous qui nous défendons et devons tuer, ils appellent cela du terrorisme. Le terrorisme, ils savent très bien l’utiliser lorsque çà les arrange. C’est tout ce qu’il y a à dire.”

Lorsque le Hezbollah et l’Iran cesseront de se réjouir à chaque mort ou torture d’un soldat Juif, alors Israel pourra-t-il peut-être éprouver de la compassion. Aucun homme ne naît avec une méfiance au cœur.

Pourquoi tous les yeux sont-ils tournés vers Deir ez Zor et la région de Badia?

La région de Badia, laquelle couvre 85% de la Jordanie et 55% des parties centre et Sud de la Syrie représente un haut point stratégique puisque correspondant à ce fameux “corridor ininterrompu” connectant la Syrie à l’Irak. Considérant qu’Israël entretient un traité de paix avec la Jordanie et que la Jordanie accueille par ailleurs une base aérienne US-OTAN, il est de la plus haute importance pour Israel que les forces de la coalition puissent détenir une partie de cette région coupant opportunément le corridor direct pré-cité. De façon assez prévisible, le Hezbollah est actuellement très actif dans cette région clé. L’Iran s’appuie largement sur Harakat Hezbollah al-Nujaba; une unité armée Shi’ite chargée de sécuriser le corridor de transport d’armes dont l’itinéraire passe par des villages ou villes secondaires depuis l’Irak, par exemple Qayrawan, jusqu’à Damas. Dans l’hypothèse où la résolution du conflit sur le terrain conserverait ce corridor ininterrompu, tous les efforts diplomatiques devraient être entrepris par la Russie pour l’imposer,  si tant est que Vladimir Putin tienne à réaffirmer qu’il n’est pas un ennemi d’Israel.

Dans la région syrienne de Deir ez-Zor, les forces démocratiques syriennes (SDF) supportées par les États-Unis/OTAN et également appelée Armée syrienne Libre (FSA) sont composées de Kurdes, quoi que ceux-ci sont largement concentrés au Nord, de mercenaires locaux recrutés par les États-Unis et de groupes terroristes Sunnites dits “modérés”; tous combattant contre une coalition formée de l’Armée Syrienne [régulière ] Arabe (SAA), des milices shi’ites et des forces demeurées loyales à Bashar Al-Assad. Les deux camps sont actuellement en compétition pour capturer l’ancien territoire de l’État Islamique.

Deir Ez-Zor est située sur les rives de l’Euphrate divisant la Syrie en deux parties. Au delà d’indiquer un itinéraire de corridor avec l’Irak, cette province concentre 40% des réserves pétrolières et gazières syriennes, comme le puits de Thayyem par exemple, sis à quelques minutes du centre-ville. Ces éléments économiques justifient la férocité des combats actuels. En outre,  Mayadin et Bukamal, 2 cités s’étirant le long de la bordure avec l’Irak sont également des prises tout à fait considérables de par leur importance stratégique de connexion frontalière. Un des commandants du Hezbollah a bien voulu déclarer que “plus de 8,000 combattants de son organisation se battent à l’est de la Syrie dont 70% ont déjà été capturés. Les Russes et les Iraniens ont formé la décision stratégique commune de capturer toute la région de Badia”.

Dans une interview accordée à l’agence de média turque  Rudaw le 15 sept 15 2017, un officiel de l’Armée supportée par les US-OTAN a clairement déclaré l’intention de franchir la rive Est de l’Euphrate et de prendre la province Deir ez-Zor par tous les moyens disponibles. Quelques minutes plus tard, Bouthaina Shaaban, femme bras droit de Bashar Al-Assad affirmait sur al Manar TV que “les forces syriennes et alliées affronteront les forces supportées par la coalition y compris l’Etat Islamique, mais le Hezbollah ne se battra pas contre les Kurdes. Les Kurdes ne sont pas nos ennemis.  Ils ont coopéré avec nous en divers endroits et je ne crois pas qu’une guerre contre eux soit une possibilité (…) Nous sommes une armée unie. Un commandement intégré de l’Armée syrienne, de l’Iran et du Hezbollah conduit les opérations dans la province de  Deir ez-Zor (…) Le Hezbollah est généralement en charge des opérations offensives. Ses troupes sont généralement suivies par les interventions de stabilisation des régions effectuées par l’Armée syrienne. Les unités d’ingénieurs du Hezbollah décident également les lieux d’établissement des quartiers généraux et la répartition des tâches, comme des logistiques nécessaires (…) La région de Badia est un théâtre d’opération difficile en raison des tempêtes de sable naissant soudainement. Nous avons perdu 18 martyrs entre  Sukhna et Deir ez-Zor. IS nous avait encerclés. Nous étions déployés sur 8 lignes. Ils ont utilisé des camions d’une tonne pour nous attaquer. Nos hommes ont fini brûlés vif. Le Hezbollah avait conclu un accord avec le groupe terroriste le 27 Août 2017,  laissant des centaines de combattants  évacuer avec leurs familles une petite poche de territoire situé au nord-est de la frontière libano-syrienne où ils s’étaient retranchés pour qu’ils rejoignent leurs militants dans la province de Deir ez-Zor. Je crois que cette décision était pleinement justifiée. Entre Musulmans, nous ne tuons pas nos prisonniers. Sayed Hassan [Nasrallah ; le leader du Hezbollah] est humain. Si les combats nécessitent un changement de position, ce n’est pas un énorme problème d’adaption”.

Le problème de cette déclaration pose clairement la différence fondamentale entre la pensée judéo-chrétienne et l’Islam. La première n’admet son existence que dans la qualité de son rapport à l’altérité. La seconde opère une hiérarchisation des altérités. Au 20e siècle, on a appelé ce lien perverti à l’univers le nazisme.

 

L’âme juive, le miroir de l’âme russe?

Sans doute la mélancolie de l’âme,  la solitude existentielle, la certitude d’avoir observé et éprouvé toute l’étendue de la noirceur de la nature humaine, le souvenir de l’opprobre occidentale reçue contre le sang versé, l’épreuve des mauvais procès faisant de sa nation ou de son peuple le bouc-émissaire ontologique, mais également la résilience sont-ils des éléments ayant forgé le creuset du miroir dans lequel âme juive et âme russe se contemplent, se ressemblent, se renvoient l’une à l’autre. Du désespoir naît parfois un caractère, une vivacité d’esprit, une détermination et un pragmatisme cynique mais inébranlable, et sans doute dans le pli le plus tendre des sillons du cœur de ces deux rejetés demeure-t-il toujours un violon.

L’État d’Israël est le foyer d’un million de Juifs russophones ayant conservé de profondes racines dans leur culture de diaspora d’origine. Le Russe est la seconde langue la plus parlée en Israel. Il est également notable de rappeler que de nombreux soviétiques ont aidé ou sauvé des Juifs dans les camps ou en dehors des camps d’extermination et cette vérité demeurera inscrite dans le ciel. Les Russophones israéliens sont appréciés pour leur intelligence, leur courage et leur ténacité. Quoi qu’ayant conservé cette tendresse pour la “mère-patrie”, leur loyauté à l’état d’Israel est irréprochable.

Il y a quelques semaines, le Ministre de la Défense russe, Sergei Shoigu, a effectué sa première visite en Israel, arrivant tandis qu’une surprenante coïncidence alignait un missile syrien détruit par un avion  israélien en mission de reconnaissance dans l’espace libanais mais que Damas avait déclaré ayant franchi son espace aérien, provoquant des commentaires de l’Occident s’interrogeant sur des augures peu encourageants pour un début de visite amicale. Pourtant, ce n’était pas cela qu’il fallait relever. Israéliens et Russes s’étaient déjà tout dit sans la nécessité du recours à la parole. Israel demandait des gages de sécurité, admettant ainsi une défaite du plan de “Nouveau Moyen-Orient” (New Middle-East)  concocté par le Cerbère, et c’est précisément ce que le ministre russe était venu apporter.

L’objet de la visite était donc largement destinée à rassurer l’État Hébreu quant à ses craintes de voir la zone de désescalade négociée et située dans la région  frontalière Syro-israélienne du plateau du Golan ne mène à l’établissement clandestin de forces appuyées par l’Iran. Shoigu a justifié le pivot de la Russie vers “l’Ummah” (la Nation musulmane) en large partie dû aux coups bas répétitifs du Cerbère, précisant toutefois  que ce positionnement n’était en aucune manière dirigé contre les intérêts ou la sécurité d’Israël. Tout au contraire, “le Kremlin est favorable à conforter la position d’Israël dans la région à condition que celle-ci ne détériore pas la stratégie d’équilibre fragile réalisé par Moscou au Moyen-Orient”. En langage diplomatique décrypté, cela signifie qu’ Israel doit admettre ne plus être l’acteur dominant la région et que le monde multipolaire exige un dosage des positions et des actes, sans doute moins hystérique et plus responsable. Si Israel a pu  largement s’appuyer sur les relais des institutions internationales et NGOs [organisations non-gouvernementales] américaines au Moyen-Orient au cours des dernières décennies, Moscou lui demande désormais de cesser une stratégie ayant mené à l’impasse et d’accepter de lui faire confiance. Or, quoi que la relation d’amitié entre Bibi Netanyahu et Vladimir Putin soit notoirement connue, celle-ci ne mérite pas moins que ce que l’on exige de l’amour ; des preuves concrètes. A cet égard, Tel-Aviv a récemment demandé à Moscou de prendre des dispositions afin de limiter l’influence du Hezbollah et des Soldats de la révolution iranienne (IRGC) dans le cadre de la fin du conflit syrien annoncé. La redondance était superflue. L’éducation et la langue russe elle-même admettent des finesses d’esprit qu’Israël doit apprendre à faire siennes. Aucune diplomatie constructive avec la Russie ne peut déroger à cette règle sans susciter un chagrin, un regret,  voire un certain mépris. L’extrême raffinement de la civilisation chinoise rejoint cette observation.

IS (anciennement ISIS/ISIL) : un atout des agences d’intelligence et des gouvernements occidentaux ? Théorie du complot ou preuves tangibles?

Il n’est plus irrationnel pour tout intellectuel ou toute personne sensée de considérer un état de fait admettant que l’organisation terroriste sunnite a été armée, financée, aidée à se développer et à perdurer dans le but de servir un plan de déstabilisation de la Syrie et de l’irak plannifié de longue date. Le document secret de l’U.S. Defense Intelligence (DIA) en date du 12 Août 2012 obtenu par le Judicial Watch révèle que les États-Unis ont défendu l’idée de la propagation de l’État islamique dans le but de l’utiliser comme arme contre le gouvernement de  Bashar al-Assad dans le cadre d’un changement de régime en Syrie vainement tenté depuis des décennies. Le document établit clairement que :

“(…) Il y a une possibilité d’établir un Etat salafiste auto-proclamé ou non auto-proclamé dans la région Est de la Syrie et c’est exactement ce que les forces d’opposition au régime veulent dans le but d’isoler le régime syrien, considéré comme le cœur de l’expansion shi’ite.”

Par ailleurs, Steven Kelly , actuel Chef de Cabinet de la Maison-Blanche et ancien Général de l’U.S. Marine Corps témoignait à la même époque :

“Washington a créé ISIS pour le bien d’Israel. Une guerre continue au Moyen-Orient est le moyen de faire d’Israel un pouvoir régional dominant tout en organisant un flux continu de commandes d’armes pour le complexe militaro-industriel à la maison.  (…) Les combattants d’ISIS sont recrutés dans de nombreux pays incluant des pays d’Occident”.

En outre, une pléiade de Généraux américains déclaraient devant le Comité sénatorial des Services de l’Armée que “l’allié le plus proche des États-Unis supporte ISIS” . L’ancien Vice-Président Joe Biden a fait la même déclaration avant que la vidéo correspondante n’ait été mystérieusement supprimée des contenus youtube. Cette pratique de censure s’apparentant à la pratique d’un Ministère occidental de la propagande digne du tyran despote décrit par Athènes a explosé ces derniers temps au détriment de la restitution de la réalité des faits. Le public des réseaux sociaux subissant quotidiennement les conséquences de ce genre de persécutions intellectuelles ne sera que plus convaincu de l’argument.

En outre, il ne devrait venir à la surprise de personne d’apprendre que certaines agences d’intelligence de l’OTAN, notamment turque (MIT) ont facilité le passage de militants d’ISIS et d’armes à la frontière avec la Syrie pendant la plupart des 6 années sur 7 du conflit, supportant parallèlement un réseau mondial de terroristes sunnites éparpillés aussi loin que la province du Xinjiang sise à l’ouest de la Chine. A titre d’exemple que Beijing peut citer presque à volonté, les autorités chinoises ont arrêté au moins 10 suspects turcs soupçonnés d’avoir organisé des passages de frontières d’extrémistes Uirghur [groupe ethnique musulman résidant dans cette province] en Janvier 2015. Il a été par la suite révélé que ces extrémistes Uirghur planifiaient de se rendre en Syrie, en Afghanistan (par le corridor du Tadjikistan) et au Pakistan pour s’entraîner et combattre aux côtés de leurs frères djihadistes. Dans le cadre d’une nouvelle campagne de la machine de guerre américaine en Afghanistan, la Chine a opportunément déployé un nombre substantiel d’unités militaires afin de sécuriser sa frontière nord-ouest avec le Tadjikistan. Si les familles des soldats français, par exemple, doivent savoir pourquoi leurs fils vont aller se battre de nouveau en Afghanistan, ceux-ci doivent donc réaliser qu’ils se battront aux côtés de terroristes sunnites égorgeant leurs enfants en Europe au nom de “l’hégémonisme du Cerbère”.

Par ailleurs, y compris l’ancien Président Afghan d’origine Talibane, Hamid Karzai, lequel doit son ancienne nomination aux États-Unis, avait froidement déclaré en Décembre 2014  :

“ISIS n’a pas pu s’étendre en Afghanistan sans la main et le support  d’une puissance étrangère.”

Il s’agit donc de regarder l’ignoble réalité en face. En Syrie, en Irak, en Afghanistan, ISIS a fait “le sale boulot” du Cerbère. En Libye, ISIS est devenu une force dominante terroriste au départ emmenée par un atout américain local du nom d’Abdelhakim Belhadj. Quiconque conduirait une investigation sérieuse et indépendante sur sa personne ; un terroriste d’Al Qaeda devenu un commandant d’ISIS, réaliserait que depuis 2011, les Américains et l’OTAN tiennent ce terroriste pour “un militant pour la liberté ayant combattu un despote libyen”, que les forces de l’ordre avaient jadis capturé et jeté en prison avec d’autres membres des Libyan Islamic Fighting Group (LIFG).

Au Yémen, ISIS a perpétré et revendiqué de multiples attaques terroristes supportées par le prince hériter d’Arabie Saoudite, Mohammed Bin Salman, et la coalition Anglo-Américaine luttant contre les rebels Houthi shi’ites quant à eux aidés par l’Iran ; un scénario apocalyptique conduisant jusqu’à ce jour à des actes barbares de famine orchestrée et d’épidémies en raison du blocus maritime prolongé imposé par la coalition. Au final, il est raisonnable d’admettre qu’IS a agi en bon petit soldat déclenché à l’envie par l’agenda déroulé par le trio US-OTAN/Israel/GCC’s (Gulf Cooperation Council) “au nom de la guerre totale contre le terrorisme”. Le cynisme est complet.

Ce qui est pire que l’enfer décrit par les saintes écritures, ce sont les enfers pensés par les hommes.

Arabie Saoudite: Un siège éjectable ou une monarchie-pivot?

Quoi que peu commentée en Occident, son altesse Royale le Roi d’Arabie saoudite Salman et son fils héritier, le prince Mohammed Bin Salman  se sont rendus en visite officielle à Moscou au début du mois dernier. Considérant le fiasco total de la stratégie du cerbère au Moyen-Orient et au Yemen, considérant le nombre de morts et de trillion de dollars engloutis dans une grande stratégie de déstabilisation de l’Asie centrale et du Moyen-Orient associée à des politiques infructueuses de changements de régimes, des ponts finalement jetés entre Sunnisme et Shisme (Turquie, Qatar, Koweït, Bahreïn, Irak, Iran) semblent plus solides que jamais auparavant tandis que Hamas, Fatah et Hezbollah ont créé un agenda commun.

Étant donné ces circonstances, cette visite du Sunnisme à l’allié forcé de l’Iran pourrait bien être le signal d’une redistribution des cartes géopolitiques. Certes, la position d’Henry Kissinger, ancien Secrétaire d’Etat Américain partisan de resserrer les contacts avec Moscou pour s’en servir contre l’Iran ensuite, était une stratégie encore envisageable il y a quelques temps. Or, les choses ne sont plus aussi simples avec des positions philosophiques ou même ontologiques agrégeant des sphères historiques, politiques, économiques et sociétales particulièrement alignées entre Beijing et Moscou.

Ces remarques liminaires permettent de basculer sur le théâtre du Golfe sur lequel on a déjà cité une récente tentative d’escalade des tensions  shi’ite-sunnite incarnée par le couple Qatar (sunnite mais entretenant de nombreux liens économiques avec l’Iran) et l’Arabie Saoudite.

Depuis quelques années, l’émirat saoudien a entrepris des réformes budgétaires pour la première fois de son histoire, ressentant de surcroît nettement l’urgence de diversifier ses sources de revenus et d’investissements trop longtemps demeurés exclusivement dépendants des rentes pétrolières. Certes, le prix du baril de pétrole a chuté depuis plusieurs années, quoi que rehaussé et désormais stabilisé autour de $60, mais la transition vers une nouvelle vision du monde multipolaire est engagée avec un déplacement des marchés économiques et places financières vers l’Asie. Dans ce contexte, il existait une possibilité crédible que le Roi Salman ne décide de dé-dollariser une partie des fonds souverains dédiés à sa “Vision saoudienne 2030” et ne réalise une partie de ses partenariats économiques ou investissements stratégiques avec des acteurs non-occidentaux. Or, ce mouvement se serait immédiatement traduit par la mise à mort  du Pétrodollar tandis que le “Yuan-oil” s’en serait trouvé formidablement dynamisé, bénéficiant par ricochet aux pays inscrits sur les itinéraires de la BRI et à l’Europe, “de Lisbonne à Vladivostok”. D’autres signes de détérioration des relations Américano-saoudiennes ont été notés par les observateurs géopolitiques, en particulier de manière consécutive au rapprochement rapide avec la Russie et un contrat de $130 milliards signé entre la monarchie et la Chine. Les observateurs géopolitiques attendaient donc la riposte des intérêts anglo-Américains,envisageant un possible coup en préparation  visant soit à destituer Salman au profit de son fils, soit à balkanizer son Royaume par des mécanismes hybrides liant une rébellion fomentée du ‘clergé’ wahhabite, une insurrection déclenchée par les intérêts occidentaux, un complot royaliste etc. ; ces moyens cités parmi plusieurs variantes.

Ce week-end a eu lieu un véritable ” Game of thrones” à Riyadh tandis que s’enchaînait une suite d’événements dans une apparente incohérence. Or, eu égard à l’amont de la présentation, il est aisé de décrypter l’implicite d’une vaste opération coup de poing.

  1. Tweet du président Donald J. Trump engageant l’Arabie Saoudite à mettre Aramco  (La société d’état des pétrole saoudiens) en bourse au Stock Exchange de New-York . Une première cotation du conglomérat pétrolier Aramco conférerait au gouvernement américain l’autorité réglementaire et juridique sur la plus précieuse société du monde.
  2. Démission du Premier Ministre libanais  Saad Hariri étonnamment annoncée depuis Riyadh au motif d’une crainte d’être assassiné, comme son père, par le Hezbollah shi’ite. Saad Hariri est très proche de la famille royale saoudienne et notamment du Prince héritier. Cette décision destinée à présenter l’Iran comme “le meurtrier du Moyen-Orient” a sans doute été prise d’un commun accord, mais certains éléments penchent pour une démission forcée liée au sauvetage de la société Hariri par les capitaux saoudiens.
  3. “Game of Thrones in Riyadh”. En début de soirée, Le roi saoudien Salman et son fils Prince Mohammad Bin Salman lancent une grande vague d’arrestations écartant définitivement la possibilité d’un coup d’état interne et rassurant les investisseurs étrangers sur les orientations prises par le jeune héritier de 32 ans . Le motif officiel est une “volonté de lutter contre la corruption de certains princes et de viser une égalité de traitement de tous les citoyens saoudiens devant la loi”. Onze princes, dont onze fils du défunt roi Abdallah, plus de trente anciens ministres et ministres par intérim ainsi que les chefs de trois grandes chaînes de télévision sont arrêtés ou placés en résidence surveillée. Le commandant de la Garde nationale, le Prince Mitieb Bin Abdullah est relevé de ses fonctions et remplacé par le Prince Khalid Bin Abdulaziz al Muqrin. La Garde nationale était le dernier centre de renseignement et de pouvoir de sécurité détenu par la branche Abdullah de la famille al-Saud.

    Une purge antérieure en juillet avait détrôné l’ancien prince héritier Nayaf et l’avait remplacé par le jeune Mohammad Bin-Salman. La branche Nayef de la famille Al-Saud avait été retirée de tous les centres de pouvoir. La branche Abdullah suit donc. Les fonctionnaires purgés sont remplacés par les proches du clan Salman qui dès son accession en 2015 a imposé une ligne extrêment verticale de l’exercice du pouvoir, en opposition par rapport à la pratique traditionnelle, plus horizontale et accordant des ministères aux différentes branches de la famille royale. De fait, cette opération a abouti à la confiscation d’immenses domaines financiers.

  4. Annonce d’un missile de moyenne portée lancé depuis le nord du Yémen vers l’aéroport international King Khaled de Riyad. Il est reporté que le tir ciblé ayant parcouru une distance de 1 000 kilomètres (660 milles) est revendiqué par les forces yéménites soutenues par Teheran. La défense aérienne saoudienne rétorque par quatre missiles intercepteurs (vidéo) vers le projectile yéménite entrant.

Vers un monarchisme autoritaire et un wahhabisme intégriste renforcés?

Neom

L’ambitieux Prince Moahmmed Bin Salman détient désormais à peu près carte blanche pour envisager les prochains investissements de l’Arabie Saoudite. Lors d’un forum d’investisement qui s’est tenu fin octobre 2017, celui-ci a dévoilé un projet de $500 billion visant à apporter de la matière substancielle à sa Vision 2030 pour laquelle il s’agit de définitivement diversifier l’économie du royaume au cours des 10 prochaines années. Le prestige est là, la splendeur, les défis technologiques et écologiques sont immenses. Son nom résonne comme la contraction de “Nouvel homme” et sa ville s’appellera NEOM, construite à l’entrée du Golfe d’ Aquaba, dans la zone nord-est de la mer Rouge avec une option pour étendre ses limites aux confluences de l’Egypte et de la Jordanie. La promesse princière accorderait à la cité du futur une administration et un système légal indépendants en plus d’une vision globale fuyant définitivement  le “traditionnel”.

L’Arabie Saoudite prête à reconnaitre officiellement l’Etat d’Israel?

En outre, le Prince amorce une prise de position susceptible d’opérer un changement de paradigme radical au regard  du discours public traditionnel vis-à-vis d’Israel en envisageant de reconnaître enfin l’existence de l’Etat hébreu. L’opération éclair de cette nuit des Djambias permet d’évincer ou d’intimider la sphère cléricale wahhabite gravitant dans les arcanes du pouvoir. Par ailleurs, il est intéressant de signaler que jusqu’ici, l’attitude officielle de l’Arabie Saoudite s’était plutôt efforcée de montrer sa farouche détermination en faveur de la défense de la cause palestinienne. Le geste princier définissant l’identité d’un homme futur et de son univers  imiterait celui pris par l’Egypte et la Jordanie ; deux acteurs investissant également dans le projet.

new AI

Le choix du Golfe d’Aquaba a également été choisi en raison de sa proximité avec Israel actuellement concentré sur la promotion de sa ligne ferroviaire “Red-Med” dans le cadre de sa participation à la BRI. Or, la valeur ajoutée apportée par le projet israélien est d’une importance tout simplement exceptionnelle, permettant d’offrir un itinéraire alternatif à l’emprunt du Canal de Suez  pour l’acheminement des marchandises. Ne pas être dépendant de la connectivité d’un seul corridor n’a aucun prix pour les stratèges de Beijing. Il s’agira donc d’un investissement représentant 20 milliards de shekels (€ 5 milliards) mais avec des retours sur placement pour les investisseurs faramineux et sans prise de risque réelle étant donné l’intérêt stratégique d’un passage supplémentaire entre l’Orient et l’Occident maritimes sans contournement de l’Afrique.

Par ailleurs, eu égard aux excellentes relations de Beijing avec l’Etat Hébreu et l’Arabie Saoudite, la Chine caresse l’espoir qu’une participation financière de la République populaire aux projets NEOM et “Red-Med” pourra contribuer à sa mesure à apporter la paix au Moyen-Orient.

Or, Si la Russie dont le grande vision stratégique est celle de devenir une force d’équilibre en Eurasie au 21 e siècle, prend effectivement le relais de la position dominante d’Israel au Moyen-Orient, quels seraient les avantages pour l’Etat Hébreu? Peut-elle garantir la sécurité du Plateau du Golan? Serait-elle prête à reconnaître la souveraineté d’Israel sur le Golan; pas que le futur roi d’Arabie Saoudite fera très certainement ? De plus, eu égard à ses compétences technologiques avancées dans le domaine, Moscou avait offert en 2012 et 2015 la construction des infrastructures et la maintenance de l’exploitation du gisement gazier off-shore Leviathan découvert en 2010 dans la zone économique exclusive (ZEE) d’Israel à l’ouest de Haïfa en échange d’une participation de 30% et de la garantie de la sécurité du complexe vis-à-vis du Hezbollah notamment. Serait-elle prête à renégocier ce dossier permettant également un rapprochement des élites russes et celles russophones de Tel-Avi avec un accès direct à une ville devenant une place financière et centre d’affaires incontournable du Moyen-Orient inscrite dans le dynamisme de la BRI?

En retournant la situation, un rapprochement avec la Russie n’attirerait-il pas la colère des alliés d’Israel au Moyen-Orient et de son plus fidèle allié américain?

Encore une fois, il semble que même dans l’adversité momentanée, le bras étendu et la main puissante divine continuent d’être le bouclier de l’Etat Hébreu. C’est la seule domination devant laquelle celui-ci sera prêt à s’incliner.  La position dominante d’Israel n’est pas sur le point de tirer sa révérence au Moyen-Orient.

“Trace le chemin, Adonaï-yiré”

 

©Mylene Doublet O’Kane, Nov 5 2017

Mylene Doublet O’Kane est une professeure israélo-française diplômée en Philosophie, analyste en géopolitique et éditorialiste indépendante.

 

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